Artsvivants.ca – La vie secrète des costumes

La création de costumes efficace

Quel est le tempérament du personnage?

image:Richard III de Richard III (1990), conçu par François Barbeau
Richard III de Richard III (1990)
© François Barbeau

Un concepteur de costumes révèle le caractère du personnage par des choix bien précis : de couleur (vive, claire, sombre, terne, accrocheuse), de coupe (suggestive, sobre, élégante, en forme de boîte) et de tissu/texture (riche velours, mousseline vaporeuse, satin caressant, toile rugueuse, denim usé). Des matières comme le cuir, la fourrure, la soie, et des accessoires comme des talons aiguilles, des verres fumés ou un cigare sont tous porteurs de sens, et le concepteur de costumes peut s’en servir pour jouer de certains préjugés ou de certaines attentes – ou quelquefois pour les déjouer. Le costume peut indiquer comment le personnage désire être perçu, par contraste avec ce qu’il ou elle est réellement. Par exemple, l’auditoire peut rire du décalage entre la timidité ou la maladresse manifestes d’un personnage et l’image de sang-froid et d’élégance que celui-ci tente de projeter en portant des vêtements haute couture, mais cette opposition traduit directement le conflit intérieur du personnage en question.

En quoi l’emploi de la couleur influe-t-il sur les décisions relatives aux costumes?

La couleur est une variable intéressante. Non seulement certaines couleurs en particulier sont-elles associées à des émotions bien précises, mais elles influent aussi sur l’état affectif de l’auditoire : par exemple, un concepteur pourra chercher ou non à induire dans le public une sensation de « bleus à l’âme ». Les couleurs ont aussi des significations très différentes selon les cultures et les traditions. En Occident, les jeunes mariées portent traditionnellement du blanc, mais en Chine et dans l’est de l’Inde, elles sont le plus souvent vêtues de rouge. Dans le sud de l’Inde, le blanc est habituellement réservé aux femmes âgées. La lumière a aussi une incidence sur la couleur, et le concepteur de costumes avisé sait tirer parti des nombreuses possibilités offertes par les jeux d’éclairages pour produire des effets de chatoiement. La couleur peut aussi jouer un rôle important en attirant l’attention de l’auditoire sur un personnage en particulier. L’apparition de Juliette à son balcon tard le soir sera plus saisissante si elle est vêtue de façon telle que la lueur des torches se reflète sur elle et sur la pâleur de sa robe ou de sa chemise de nuit. Roméo sera alors tout à fait justifié de la comparer à un soleil levant qui annonce l’aube naissante.

Comment les costumes traduisent-ils le rang ou le statut social?

Les uniformes militaires, les habits sacerdotaux, les sarraus blancs des médecins ou les toges et les perruques des juges sont autant de costumes conçus pour distinguer leurs porteurs du commun des mortels. La couleur agit parfois de la même façon, comme dans la « pourpre royale » ou la blancheur d’une robe de mariée. Des indices plus subtils sur la situation financière du personnage sont fournis par la qualité du tissu et de la coupe.

Dans beaucoup de pièces, en particulier celles à caractère historique, les différences de statut social sont essentielles au conflit – les serviteurs contre leurs maîtres, le pauvre contre le riche, le rebelle contre le roi. Les membres de l’auditoire doivent pouvoir discerner les classes sociales et, parfois, les factions rivales à l’intérieur d’une même classe. Les domestiques attachés aux deux clans ennemis dans Roméo et Juliette doivent être immédiatement reconnaissables du public et pouvoir se reconnaître les uns les autres, tout comme les soldats de deux armées en guerre ou les joueurs de deux équipes de soccer qui s’affrontent. Les couleurs aident à distinguer les rangs et les factions, de même que les médailles, les bijoux, les armes, les chaussures et autres accessoires. Les poulaines, ces extravagantes chaussures à longues pointes relevées que portaient les courtisans à l’ère médiévale, véhiculent sans doute de nombreux messages mais un, surtout, saute aux yeux : « Je ne suis pas un travailleur manuel. »

Comment les costumes contribuent-ils à dépeindre l’évolution du personnage tout au long de la pièce?

Les pièces dépeignent généralement des situations intenses, des périodes de crise ponctuées de coups de théâtre, entraînant leurs personnages dans des contextes qui évoluent rapidement. Des fortunes changent de mains, des déguisements sont parfois requis, des idylles se nouent et parfois se dénouent, des batailles sont livrées, des couronnes sont usurpées ou recouvrées. Dans Death of A Salesman (« Mort d’un commis-voyageur ») d’Arthur Miller, le concepteur de costumes ne peut faire autrement que refléter la déchéance de Willy dans son aspect extérieur. L’action d’une pièce peut amener un personnage donné à subir de nombreux changements – d’âge, d’état de santé physique ou mentale, de statut social – et le costume devient un important indicateur de ces transitions.