Modes de [Re]présentation sur scène

Un article suivi d’exercices complémentaires pour les élèves du secondaire et les étudiants collégiaux et universitaires
par Kathleen Irwin

Quand nous assistons à une représentation sur scène, comment comprenons-nous ce que nous voyons? C’est une question importante, car elle est au cœur de l’acte de la représentation : l’action d’évoquer quelqu’un ou quelque chose sur scène.

Voici quelques termes qui nous seront utiles pour répondre à cette question.

Présentation :

  • Action de tendre ou de remettre quelque chose à quelqu’un, particulièrement dans le cadre d’une cérémonie officielle.
  • Manière ou style avec lesquels une chose est donnée, offerte ou montrée.
  • Action de faire connaître quelqu’un (de quelqu’un d’autre, d’un groupe, d’une foule).
  • Démonstration ou mise en valeur d’un produit ou d’une idée.
  • Exposition ou prestation théâtrale.

Représentation :

  • Action de s’exprimer ou d’agir au nom d’une personne, d’une organisation ou d’un État.
  • Description ou évocation de quelqu’un ou de quelque chose dans une image, sur scène ou dans une œuvre d’art. 
  • L’objet lui-même, plus particulièrement une image ou une maquette, dépeignant ou évoquant quelqu’un ou quelque chose.
  • « Action de donner un spectacle devant un public, particulièrement au théâtre; ce spectacle lui-même. » (Le Petit Larousse illustré, édition 2007)

Emblème :

  • Objet, figure représentant symboliquement une qualité ou une idée particulière.

Zeitgeist :

  • Terme allemand signifiant « l’esprit du temps », c.-à-d. l’esprit ou le climat qui prévalent au cours d’une période bien précise de l’histoire, et qui se manifestent par les idées et les croyances ayant cours à cette époque.

Cadre :

  • Bord ou limite de l’ouverture de la scène, délimités par l’arc de scène.
  • Structure de base qui sous-tend ou soutient un système, une idée, un texte.

Scénographie :

  • Art de créer des environnements scéniques. (Ressource à consulter en anglais : Pamela Howard, What is Scenography?, Routledge, Londres et New York, 2002.)

Comment le scénographe crée du sens sur la scène

Les scènes théâtrales du XXe siècle sont dites emblématiques. Cela signifie que les objets, y compris les corps humains, qui sont disposés à l’intérieur du cadre de la scène sont censés représenter à la fois l’objet lui-même et autre chose. Par exemple, une chaise en bois peut constituer une simple chaise, ou remplacer ou représenter quelque chose de beaucoup plus grand – par exemple, un trône (et le pouvoir sous-jacent à ce trône). Selon l’action qui se déroule autour d’elle, la chaise peut aussi représenter, à titre d’exemples, l’une ou l’autre des réalités suivantes :

  • La banquette d’un pilote d’avion (et les attentats terroristes du 11 septembre 2001);
  • Une chaise électrique (et le surpeuplement du système carcéral).

De même, dans les limites du cadre de la scène, un personnage peut, selon son sexe, son âge, sa silhouette, représenter, à un moment ou à un autre, l’une ou l’autre des réalités suivantes :

  • Lui-même ou elle-même.
  • Une jeune femme bravant les interdits pour porter son frère en terre (Antigone).
  • Un jeune homme se trouvant dans l’incapacité de venger la mort de son père (Hamlet).
  • Un vieil homme décidant de quelle façon ses richesses seront réparties entre ses trois filles (le roi Lear).

Bien entendu, un seul personnage ou objet peut représenter ou signifier différentes choses au cours d’une représentation théâtrale. Qui plus est, selon les circonstances dans lesquelles se déroule la prestation elle-même ou l’expérience de la personne qui en est témoin dans la salle, ce que l’objet ou le personnage représente sur scène peut varier à chaque instant, d’une situation à une autre. Autrement dit, le spectateur joue un rôle déterminant dans ce qui est signifié sur scène. Votre identité propre détermine le sens que revêtent les choses.

Le travail d’un concepteur de décors ou scénographe peut offrir un élément de réponse à la question : « Comment comprenons-nous ce que nous voyons sur scène? » Nous comprenons ce que nous voyons sur la scène parce qu’un concepteur scénographe a pris soin d’indiquer, par ses choix créatifs ou esthétiques, ce que nous sommes supposés penser en observant la scène. D’une certaine façon, nous découvrons l’univers d’une pièce du point de vue du scénographe. Bien sûr, la réalité est plus complexe – n’oubliez pas que le simple fait de regarder la scène est teinté par ce que chacun de nous apporte à cette activité. Chaque spectateur donne à ce qu’il voit un sens qui lui appartient en propre.

En examinant les différentes définitions des termes présentation et représentation proposées ci-dessus, on s’aperçoit que ces explications véhiculent en elles-mêmes le travail de l’artiste créateur du décor – le scénographe. Un concepteur scénographe présente quelque chose sur la scène, c.-à-d. un spectacle, et ce spectacle représente ou est emblématique d’un certain nombre d’autres significations, idées ou concepts. Ces significations sont aussi influencées par les circonstances propres à chaque prestation, et par les qualités particulières à chaque spectateur – à savoir son âge, son sexe, son éducation, ses opinions politiques, ses croyances religieuses, son bagage culturel; en d’autres termes, tout ce qui constitue notre identité.

Au cours du dernier siècle écoulé, les styles de représentation scénique ont beaucoup évolué, pour une foule de raisons. Certaines de ces raisons sont liées au zeitgeist – à « l’esprit du temps ». Par exemple, les années 1950 ont été définies par des icônes comme James Dean, Marilyn Monroe et le rock and roll, tandis que les années 1990 sont celles de Marilyn Manson et du courant metal industriel de la musique rock. De tels mouvements artistiques ont un profond impact sur la façon dont les choses sont représentées sur scène (et hors scène). Nous sommes influencés par ces tendances, mais nous forgeons aussi nos propres styles personnels à mesure que la musique, le cinéma, la littérature, la mode, la cuisine se mêlent et se mélangent à l’échelle du monde. Nous (re)présentons qui nous sommes au monde par les choix esthétiques que nous faisons.

Rapports de la scénographie avec les autres formes d’art

Au théâtre, certains des styles de présentation qui nous sont les plus familiers font écho à des styles et des modes d’expression apparus de façon manifeste dans d’autres formes d’art :

  • réalisme
  • naturalisme
  • expressionnisme
  • impressionnisme
  • surréalisme
  • cubisme
  • réalisme abstrait
  • abstraction
  • minimalisme
  • réalisme « morcelé » ou « fragmentaire »
  • postmodernisme, et ainsi de suite.

Certains styles de scénographie sont déterminés par le mouvement – que l’on peut définir comme du théâtre gestuel. On trouve de nombreuses variantes de ce genre de théâtre tout au long du vingtième siècle, mais elles ont toutes en commun d’influer fortement non seulement sur l’aspect extérieur de l’espace scénique, mais aussi sur la façon dont celui-ci fonctionne concrètement.

Certains concepteurs scénographes sont tellement à part des autres qu’ils en viennent eux-mêmes à lancer de nouveaux courants – ils redéfinissent radicalement la représentation scénographique pour toute une génération d’artistes concepteurs. Josef Szoboda, dont l’œuvre figure dans la collection du CNA, est l’un de ces artistes d’exception. Voyez les décors qu’il a conçus pour The Queen of Spades (« La Dame de pique »), Adriadne auf Naxos et Idomeneo.

Les maquettes conservées dans les Archives du CNA offrent de bons exemples de plusieurs des tendances évoquées ci-dessus :

  • RéalismeJitters, Journey’s End, Les Belles-Sœurs, Les Bonnes, Private Lives, Skylight, Terminal Blues, Who’s Afraid of Virgina Woolf, 7 Stories
  • Théâtre gestuelJohn and the Missus, Les Contes de Ionesco, Les Fantastiques, Sainte Marie Among the Hurons, The Oresteia
  • Réalisme abstraitLa Mouette, Les Femmes savantes, Man and Superman, Riel
  • MinimalismeLe Moine noir, Andromaque, Agnes of God
  • ImpressionnismeMary’s Wedding
  • ExpressionnismeSoudain l’été dernier, The Beauty Queen of Leenane, The Caretaker
  • SurréalismeThe Glass Menagerie

L’impact de la technologie sur la scénographie

Les techniques de pointe exercent aussi une influence considérable sur la façon dont nous utilisons nos scènes. Bien que, dans les siècles qui ont précédé l’époque actuelle, les scènes aient toujours été modifiées et enrichies à l’aide de techniques simples produisant de merveilleux effets (toiles de fond peintes, décors suspendus, éclairage aux chandelles), à la fin du dix-neuvième siècle sont apparues de nouvelles façons d’éclairer la scène qui offraient des possibilités fascinantes. Les concepteurs et les techniciens de scène ont mis à l’essai différents modes d’éclairage des feux de la rampe et utilisé des becs de gaz, des lampes à arc et, finalement, des ampoules électriques. L’électrification a rendu possibles des innovations scéniques de plus en plus élaborées, et différents dispositifs scéniques ont été inventés pour faciliter des changements de décor instantanés et miraculeux, effectués en un clin d’œil. Pratiquement tous les environnements – un hippodrome avec des chevaux, la débâcle d’une rivière en crue, le sommet du K2 (la deuxième plus haute montagne du monde) pouvaient désormais être dépeints avec minutie et éclairés de manière à produire des effets saisissants. On a même pu affirmer que les différents mouvements artistiques qui se sont manifestés sur scène au vingtième siècle étaient tous liés, à divers degrés, à l’adoption ou au rejet des technologies scéniques de pointe.

Pour en savoir plus long sur ce sujet :

Comment nous (re)présenterons-nous sur les scènes du futur? Ces scènes seront-elles réelles ou virtuelles? Un certain nombre d’éléments de réponses à ces questions s’inscrivent déjà dans les gadgets numériques que nous traînons dans nos poches – téléphones cellulaires, Blackberries, iPhones, etc.; dans les jeux numériques avec lsquels nous meublons nos temps libres; et dans les sites de réseautage social comme You Tube, My Space, Twitter, etc. Ce sont là quelques-unes des scènes du futur, et VOUS aurez à déterminer de quelle façon elles seront utilisées pour vous (re)présenter et pour définir votre place dans le monde où vous vivez. 

Exercices :

  1. Apportez un petit objet qui revêt une certaine importance à vos yeux. Cet objet peut être de peu de valeur pour toute autre personne que vous. Dites ce que cet objet représente pour vous.
  2. Utilisez votre téléphone cellulaire pour réaliser et télécharger une courte vidéo de vous-même dans votre lieu favori. Expliquez ce que ce lieu représente pour vous.
  3. Déposez un petit objet sur la surface d’une table et encadrez-le à la craie, ou fixez un petit objet ou une image à un panneau de liège ou au mur et encadrez-le à l’aide de ruban à masquer. Le fait d’encadrer l’objet lui confère-t-il une qualité particulière? Invitez vos camarades à imaginer une histoire sur l’objet que vous avez encadré.
  4. Examinez une publicité vivement colorée dans un magazine. Que vous présente-t-elle? Que représente-t-elle?
  5. Que se passe-t-il quand Johnny Depp, par exemple, joue le rôle d’Hamlet sur scène ou à l’écran? En quoi la représentation du rôle s’en trouve-t-elle modifiée?