Notes de programme

ROBERT AITKEN

Né à Kentville en Nouvelle-Écosse le 28 août 1939; vit actuellement à Toronto.

Dans Spiral, le compositeur nous invite à ressentir les effets du phénomène physique de la tonalité, ayant disposé les forces instrumentales avec soin afin d'intensifier ces effets.

Spiral était une commande de John Roberts et de Radio-Canada à l'intention de l'Orchestre du CNA et de son directeur musical Mario Bernardi, qui a dirigé la première de l'œuvre, le 1er octobre 1975. À cette occasion, Aitken a décrit sa composition en ces termes :

« Spiral est essentiellement une œuvre explorant la juxtaposition de blocs de sonorités, assez semblable à la façon dont un artiste visuel travaillerait avec différents matériaux. Le mot "spirale" renvoie à cette relation de la matière qui circule autour d'un point fixe, s'en éloignant et s'en rapprochant sans cesse. L'orchestre lui-même est disposé en blocs sonores de manière à faciliter ce processus. Pour ceux que les aspects formels intéressent, cela pourrait être décrit comme ABACDE, avec toute la matière de l'œuvre présentée dans sa première partie, le reste étant le remaniement et le développement de cette matière. La matière tonale – et l'œuvre est dans une large mesure tonale (ou, pour être plus précis, polytonale) – est prise de deux niveaux du spectre harmonique d'une note qui progresse de la neuvième partielle. Cela explique l'utilisation fréquente de microtons. Les rythmes et les relations formelles, dans le sens large et restreint, sont entièrement basés sur des permutations de 7 (p. ex. 1436527)

« Maintenant que les aspects plus techniques ont été exposés, je ferais remarquer que la forme dramatique globale ne transparaît qu'à la conclusion de l'œuvre. Les instruments amplifiés, qui jusqu'à ce point n'ont exécuté que des sons non instrumentaux, réduisent enfin les autres instruments à un grognement atonal et décollent enfin, s'élançant au-dessus du bruit de l'orchestre qui s'estompe. »

NORMA BEECROFT

Née à Oshawa (Ontario) le 11 avril 1934; vit actuellement à Orono (Ontario) (75 km environ à l'est de Toronto).

La musique aléatoire et le pointillisme n'étaient que deux des nombreux concepts innovateurs à tourbillonner dans les années 1960 et 1970. Des champs de notes aléatoires, indéterminés et la notion de multiples sons isolés ou de « points » (pointillisme) sont à la base de la deuxième « improvisation » de Beecroft, composée pour la deuxième saison de l'Orchestre du CNA en 1970-1971.

Norma Beecroft a composé trois œuvres ayant pour titre Improvvisazioni Concertanti, la première en 1961 pour flûte et orchestre, la deuxième en 1971 pour l'Orchestre du CNA et la troisième en 1973, pour flûte, timbales et orchestre. Improvvisazioni no 2 fut composée pendant la deuxième saison de l'Orchestre du CNA (1970-1971) et sa première, dirigée par Mario Bernardi, eut lieu le 21 avril 1971.

Beecroft a conçu l'œuvre comme une sorte de concerto grosso contemporain, les solistes étant appelés à jouer en solo ainsi que dans des ensembles (quatuors à cordes, quintettes à vent, etc.). Les solistes et les ensembles jouent dans un style pointilliste et l'orchestre complet, dans un style presque tonal, d'une texture beaucoup plus lisse. « En raison du contraste entre les styles, les plus petits ensembles peuvent avoir leur propre aura et sont pour ainsi dire "encadrés", au sens visuel ». Chaque ensemble de solistes ainsi que l'orchestre ont leur propre matériel, que les autres ne développent pas. Des techniques d'improvisation sont utilisées, notamment dans la partie centrale de l'œuvre.

Beecroft a aussi déclaré : « la première fois que j'ai utilisé la technique aléatoire, c'était dans Improvvisazioni Concertanti no 2. Je voulais que l'œuvre prenne une certaine forme – comme celle d'un miroir – afin qu'à son centre, on ait cette accumulation de son orchestral. J'ai décidé de faire des essais avec l'improvisation, mais d'une façon très, très contrôlée, de sorte que certains types de sons puissent durer dix secondes, d'autres quinze secondes, et encore d'autres, trente secondes. Globalement, la structure serait dynamique. »

MICHAEL COLGRASS

Né à Chicago le 22 avril 1932; vit actuellement à Toronto.

Delta est un triple concerto dont les solistes sont le violon, la clarinette et les percussions. L'image du delta – l'endroit de forme triangulaire, en forme d'éventail, où le fleuve se divise en multiples cours d'eau plus petits quand elle approche son embouchure – contribue à façonner la musique, puisque trois rivières se rejoignent à Ottawa (Outaouais, Rideau et Gatineau), la ville de l'orchestre pour qui cette œuvre a été composée. Dans ce contexte, chaque soliste joue sa propre variante de la même musique. La convergence des styles sert aussi de métaphore de la riche diversité de la population canadienne.

Michael Colgrass, qui célébrait son 78e anniversaire en avril dernier, compte parmi les grands compositeurs du Canada. Il est le seul des éminents compositeurs classiques d'Amérique du Nord dont la musique est aussi bien connue des deux côtés de la frontière canado-américaine. Sa vie se divise en deux parties presque égales, la première aux États-Unis, la seconde au Canada, où il réside depuis 1974.

Il a étudié la musique auprès de grands maîtres tels que Darius Milhaud, Lucas Foss, Ben Weber et Wallingford Riegger. Après avoir reçu son diplôme de l'Université d'Illinois en 1956, il s'est rendu à New York, où il a amorcé une florissante carrière de percussionniste indépendant, se produisant notamment avec l'Orchestre philharmonique de New York, le groupe de jazz de Dizzy Gillespie ainsi que sur Broadway, dans la version originale de West Side Story. Au fil des ans, Michael Colgrass s'est davantage tourné vers la composition, et aujourd'hui il se consacre exclusivement aux commandes, en provenance notamment des orchestres symphoniques de Boston, de Detroit et de Toronto, de l'Orchestre philharmonique de New York et de plusieurs autres ensembles. Parmi les nombreux prix lui ayant été décernés, mentionnons un prix Pulitzer (pour Déjà vu, en 1978), deux prix Guggenheim, une subvention de Rockefeller et, en 1988, le prix de musique de chambre Jules Léger. Ses récentes œuvres comprennent Raag Mala pour ensemble à vent (2006), Side by Side pour clavecin, piano modifié et orchestre (2007) et Pan Trio pour tambour métallique, harpe, marimba et xylophone (2008).

Delta est le résultat d'une commande de l'Orchestre du Centre national des Arts, qui a exécuté la première mondiale de l'œuvre le 16 octobre 1979, sous la direction de Mario Bernardi. Le compositeur décrit ainsi l'œuvre :

« En 1979, quand on m'a demandé de composer un concerto pour percussion, violon, clarinette et orchestre, je me suis rendu à Ottawa pour rencontrer les musiciens et les entendre jouer. Au cours de cette visite, j'ai été impressionné par Ottawa et par le fait qu'elle était le point de rencontre de trois rivières (Outaouais, Rideau et Gatineau). Cette image a fusionné dans mon esprit avec l'idée d'un triple concerto. Delta me semblait approprié comme titre, non seulement parce qu'il signifie « triangle » (delta étant la quatrième lettre, en forme de triangle, de l'alphabet grec), mais aussi parce qu'il désigne l'embouchure d'un fleuve, où il se déploie en petits cours d'eau avant de se jeter dans la mer. L'image traduit parfaitement la nature de l'œuvre, car chacun de leur côté, les trois solistes jouent leurs propres solos, qui découlent néanmoins d'un unique thème central.

« La notion de rivières qui s'écoulent à travers les vies de personnes de cultures différentes et à travers les époques changeantes retentit dans la musique des solistes de Delta, tandis qu'ils exécutent un contrepoint de styles musicaux qui bougent et évoluent constamment. À l'ouverture, par exemple, les timbales jouent dans un style musical amérindien pendant que le violon joue une variation du 20e siècle et la clarinette, une variation romantique du même thème. Ces solos s'entrelacent peu à peu, puis se chevauchent de diverses façons pendant que chacun explore son propre style musical – romantique, moderne, jazz, etc.

« Sur la scène, les trois solistes sont installés avec leur orchestre respectif et changent de place de temps à autre pour mettre en valeur leur individualité et permettre à l'auditoire de les distinguer visuellement. J'ajouterais que bien que les auditeurs entendent divers styles de musique dans Delta, dont certains rappelleront des styles particuliers du passé et du présent, toute la musique est originale et aucun passage n'est reproduit d'une œuvre connue. S'il y en avait un qui devait prédominer, ce serait le style amérindien, inspiré par la rivière des Outaouais, principal affluent entre les trois et passage vers le territoire du peuple Outaouais, tribu de langue algonquienne. Pour l'auditoire, je pense que l'effet de Delta, dans son ensemble, sera celui d'un mélange homogène de styles reflétant les origines très diverses du peuple nord-américain. »

RAYMOND MURRAY SCHAFER

Né à Sarnia (Ontario) le 18 juillet 1933; vit actuellement à Indian River (Ontario).

Au fil des années, l'Orchestre du Centre national des Arts a interprété la musique de R. Murray Schafer à plus de trente reprises, et ce, dès 1973 (c'est-à-dire seulement quatre ans après la création de l'Orchestre), lorsqu'il commanda l'œuvre intitulée East. Depuis, l'OCNA lui a commandé quatre autres œuvres : Cortège (1977), The Garden of the Heart (1981), Gitanjali (1992) et Dream-E-Scape (2009). En juillet 2008, le CNA a rendu hommage au compositeur pour l'ensemble de sa carrière dans le cadre de l'événement « Concerts pour les 75 ans de R. Murray Schafer ».

Schafer est un des artistes les plus talentueux, éloquents, provocateurs et éclectiques du Canada. Il figure aussi parmi les compositeurs canadiens les plus souvent joués. Une œuvre « typique » de Schafer, cela n'existe pas. Ses compositions sont souvent le résultat d'explorations spéciales dans le monde du son, de l'acoustique, de la langue, de la philosophie, de la psychologie, de la mythologie, du théâtre, du rituel, isolément ou dans toutes sortes de combinaisons. Il lui arrive même de solliciter la participation du public. Ses compositions vont de pièces de dimensions modestes telles que Untitled Composition for Orchestra, une œuvre de quatre minutes, à des rituels qui durent toute la nuit et qui font appel aux cinq sens (Ra). Schafer a aussi tendance à écrire pour des combinaisons inhabituelles et non orthodoxes d'instruments : harpe et quatuor à cordes (Theseus) ou douze trombones (Music for Wilderness Lake) pour n'en citer que quelques-unes. Un des volets les plus importants du vaste catalogue de Schafer est la série de quatuors à cordes qu'il a composés depuis 1970. En 2009, il en comptait onze, ce qui fait de lui le compositeur de quatuors à cordes par excellence au Canada, tout au moins pour un avenir prévisible.

Par ailleurs, Schafer est connu partout au Canada et à l'étranger comme environnementaliste, éducateur et auteur. Il a écrit une vingtaine d'ouvrages dont les plus importants sont E.T.A. Hoffmann and Music et The Tuning of the World. Sur le plan de la formation musicale, Schafer est essentiellement un autodidacte, puisqu'il fut renvoyé de l'Université de Toronto au cours de sa première année d'études. Il reconnaît avoir bénéficié de l'influence de John Weinzweig et de Greta Kraus, et de la stimulation intellectuelle de Marshall McLuhan.

East est le résultat d'une commande de l'Orchestre du Centre national des Arts assortie d'une bourse du Conseil des Arts du Canada. Mario Bernadi dirigea la première représentation, le 4 octobre 1973. Le compositeur a écrit le texte de présentation suivant sur la page de titre de la partition :

« East est une méditation sur un texte tiré de l'Isha-Upanishad : "Le Soi est unique. Immobile, il est plus rapide que l'esprit. Les sens ne peuvent l'atteindre. Il leur échappe toujours. Le Soi est partout, incorporel, informe, entier, pur, sage, omniscient, perspicace, autonome, transcendant. Immobile, il va loin, mais reste proche. Il est en tout et dehors de tout." Les quarante-huit mots de ce texte sont ponctués par quarante-huit coups de gong qui retentissent à peu près toutes les dix secondes. À chaque lettre du texte correspond une hauteur de son différente en rapport avec la fréquence de son occurrence dans le texte et les motifs de notes créés par les mots constituent le matériau harmonique et mélodique que l'orchestre joue et chante à l'occasion. »

JOHN WEINZWEIG

Né à Toronto le 11 mars 1913; vit actuellement à Toronto.

« Une structure à multiples sections composée d'événements de saxophone solo, agrémentés d'inflexions jazz » : voilà comment Weinzweig a décrit son œuvre Divertimento no 6, composée pour saxophone solo et cordes. Il y incorpore un éventail de procédés pour le soliste : vibrato, accelerando graduel et ritardando, répétions rapides de la même note, murmures chromatiques, smorzato (variations du volume produites par la mâchoire), cliquetis de clés (atonal), flatterzunge (roulement de la langue), slap (claquement de la langue) et quarts de ton. L'un dans l'autre, une œuvre assez fascinante.

Weinzweig a commencé sa série Divertimento en 1946, bouclant le tout quelque 12 œuvres et 50 ans plus tard. La sixième œuvre de la série, une commande de Paul Brodie pour le troisième Congrès mondial du saxophone à Toronto, a été composée en 1972 et a bénéficié d'une bourse du Conseil des Arts du Canada. Ayant étudié le saxophone durant sa jeunesse (il avait également appris à jouer le piano, le violon, la contrebasse, la mandoline et le tuba), il connaissait bien les qualités et les capacités de l'instrument. Weinzweig a reconnu dans Divertimento no 6 une nette influence de Stravinski, notamment dans le sens appuyé du rythme et dans la clarté de l'orchestration. On y décèle également une forte infusion de styles jazz, « probablement le type de son qu'on entendait des virtuoses jazz dans les années 1920 » affirmait Weinzweig. Cette œuvre fortement rythmée, en un seul mouvement, passe d'un mode à l'autre et incorpore un éventail de procédés pour le soliste : vibrato, accelerando graduel et ritardando, répétions rapides de la même note, murmures chromatiques, smorzato (variations du volume produites par la mâchoire), cliquetis de clés (atonal), flatterzunge (roulement de la langue), slap (claquement de la langue) et quarts de ton.

Dans la partition, il est écrit que dans cette œuvre, Weinzweig « dirige ses explorations vers des interactions rythmiques entre le soliste et l'ensemble. Le résultat est une structure à multiples sections composée d'événements de saxophone solo, agrémentés d'inflexions jazz. Ses formes intérieures comprennent des cadences et des improvisations contrôlées à l'intérieur d'actes de dialogue. »

Crédits et droit d'auteur

  • Support texte : Les Canadiens dans la FRISE CHRONOLOGIQUE
    Robert Markow
  • Support texte : Robert Aitken, Spiral
    2010, Robert Markow
  • Support texte : Norma Beecroft, Improvvisazioni Concertanti No. 2
    2010, Robert Markow
  • Support texte : Michael Colgrass, Delta
    2010, Robert Markow
  • Support texte : R. Murray Schafer, East
    2010, Robert Markow<
  • Support texte : John Weinzweig, Divertimento No. 6
    2010, Robert Markow
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