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Concerto pour flûte, opus 51 (1992)

Portrait du compositeur Hétu, Jacques

Hétu, Jacques

08 août 1938 - 09 févr. 2010

Vue d'ensemble

On associe générale ment la flûte aux couleurs éclatantes, aux sonorités brillantes et aux tempos animés. Pourtant, le Concerto pour flûte de Hétu est sombre et ténébreux, comme si la musique cherchait à révéler quelque lourd secret. Le soliste est presque constamment sollicité, entrant souvent dans un dialogue grave avec un ou plusieurs membres de l'orchestre. Malgré l’écriture éblouissante et même virtuose pour le soliste, surtout dans le dernier mouvement, ce concerto n'est pas une musique légère. En savoir plus

Connexion Musicale

Les structures musicales

Le module Les structures musicales examine comment les compositeurs canadiens Clermont Pépin, Murray Adaskin, John Estacio, John Beckwith, Godfrey Ridout and Jacques Hétu ont su utiliser avec créativité les structures et formes musicales traditionnelles. L’étude s’appuie sur des exemples de concertos, de suite, d’ouverture, de forme ternaire et de divertimento. En savoir plus

Biographie

Trois-Rivières, 8 août 1938;
Saint-Hippolyte (près de Saint-Jérôme), Québec, 9 février 2010

On reconnaît à la musique de Jacques Hétu une régularité dans l’excellence dont on ne trouve que peu d’exemples parmi les artistes créateurs, toutes disciplines confondues. À l’exemple de Brahms, avec lequel il partage d’ailleurs une certaine ressemblance physique, presque toutes les œuvres de ce compositeur sont de très haut niveau. Sa production embrasse cinq décennies et comporte plus de quatre-vingt numéros d’opus.

Études et prix

Hétu amorce sa formation professionnelle à l’Université d’Ottawa, avant d’aller étudier pendant cinq ans au Conservatoire de Montréal où il a pour professeurs, notamment, Clermont Pépin, Isabelle Delorme et Jean Papineau-Couture. En 1961, il ne remporte pas moins de quatre prix importants : un Premier prix du Conservatoire (pour son opus 1, une Toccate pour piano), le Prix de composition du Festival de musique du Québec, une bourse du Conseil des Arts du Canada et, finalement, le très prestigieux Prix d’Europe, qui avait été attribué à un compositeur pour la dernière fois en 1927. Hétu poursuit alors ses études à Paris, sous la férule de deux des plus éminentes personnalités de la musique française : Henri Dutilleux, en composition, à l’École Normale de musique et Olivier Messiaen, en analyse musicale, au Conservatoire national supérieur de musique. « Dutilleux m’a ouvert de nouveaux horizons en matière de tonalité et d’orchestration », dira-t-il, en substance, bien des années plus tard. « Messiaen (…) était une autre personnalité flamboyante qui nous amenait à aimer la musique, à la découvrir et à l’analyser et la disséquer, mais sans jamais perdre de vue (…) le sens de la structure, le sentiment d’équilibre global et d’unité sur lequel une œuvre se construit ou se brise. »

Le professeur Hétu

De retour au Québec, Hétu enseigne la composition et l’analyse musicale à l’Université Laval, à Québec, de 1963 à 1977, la composition à l’Université de Montréal en 1972-1973 et en 1978-1979, puis l’analyse musicale à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) de 1979 à 2000.

La musique orchestrale

Le catalogue de Jacques Hétu se compose en majeure partie de musique instrumentale Ses œuvres pour orchestre comprennent cinq symphonies (la Cinquième a été créée par l’Orchestre symphonique de Toronto le 3 mars 2010) et de nombreux concertos, y compris pour des instruments qui font rarement l’objet de ce genre de compositions : guitare, orgue, ondes Martenot, basson, trompette, trombone, alto et marimba/xylophone. On lui doit aussi des concertos pour flûte, hautbois/cor anglais, clarinette, cor (la Sérénade héroïque), deux pour piano, et des concertos pour instruments multiples : un pour violon et piano, un pour violon, violoncelle et piano (l’un des rares « triples concertos » écrits depuis celui de Beethoven), un pour trois pianos (une autre rareté) et un (la Symphonie concertante) pour flûte, hautbois, clarinette, basson et cor. Presque tout ce qu’il a écrit lui a été commandé par un artiste (le flûtiste Robert Cram, le pianiste Robert Silverman, l’altiste Rivka Golani, la basse Joseph Rouleau et plusieurs autres) ou par une organisation. Parmi ces dernières, mentionnons l’Orchestre du Centre national des Arts (notamment Antinomie et le Concerto pour flûte, deux œuvres qui figurent dans la Chronologie du CNA), l’Orchestre symphonique de Montréal, l’Orchestre symphonique de Toronto, l’Orchestre symphonique de Québec, les Jeunesses Musicales, le Concours international de musique de Montréal et la Société Radio-Canada.

La musique de chambre

La musique de chambre constitue aussi une part importante de son catalogue. Celui-ci compte seulement deux quatuors à cordes mais aussi, pour différentes combinaisons d’instruments, des duos, des trios, des quintettes, un sextuor, un nonette et même quelques pièces pour treize instruments, notamment la Fanfare pour Lanaudièrecertainement la composition la plus jouée d’Hétu, puisqu’elle retentit à travers de puissants haut-parleurs dans le vaste espace en plein air de l’Amphithéâtre de Lanaudière à Joliette, au Québec, en prélude à chaque concert qui y est présenté dans le cadre du Festival de Lanaudière depuis 1989.

La musique vocale et chorale

Les compositions vocales et chorales sont beaucoup moins nombreuses mais représentent néanmoins, collectivement, un aspect significatif de l’œuvre d’Hétu. Les textes de plusieurs de ces pièces proviennent d’un seul et même auteur : le célèbre poète québécois Émile Nelligan (1879-1941). Ce sont Les Clartés de la nuit, Les Abîmes du rêve et Les Illusions fanées, auxquelles il faut ajouter une œuvre purement instrumentale, le Tombeau de Nelligan, composé en 1991 à l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort du poète. Hétu voyait dans cette dernière pièce « le corpus le plus caractéristique de [son] esthétique ». Des textes de Victor Hugo, de Paul Éluard et du Psaume 102 se sont aussi frayé un chemin dans la musique d’Hétu.

Le style

Hétu associe les formes et les timbres traditionnels à des modes d’expression modernes, contemporains, pour produire une musique qui est toujours excitante pour l’oreille et exigeante pour l’esprit, mais qui reste accessible en tout temps. Certaines de ses œuvres, en particulier ses premières compositions, sont percutantes et dissonantes, sans pour autant se situer dans un courant avant-gardiste. Sa conscience des forces instrumentales en présence est toujours sûre, idiomatique et souvent brillamment exploitée. Glenn Gould relèvera une « théâtralité intrinsèque » dans sa musique et défendra les Variations pour piano du compositeur. En 1978, Hétu exprimera en ces termes sa façon d’aborder la composition : « L’essentiel, ce n’est pas de chercher une façon inouïe de disposer les sons, mais de trouver sa manière de penser la musique. L’originalité véritable m’apparaît plus authentique qu’excentrique. »

Les dernières années

Après son soixante-dixième anniversaire, Hétu constate un changement dans son style et dans sa vision de la vie : « Cet univers trouble et douloureux [de Nelligan] ne fait plus partie de mes états d’âme qui sont orientés actuellement vers la lumière et la sérénité. Mes récentes œuvres, ludiques et festives, en sont la preuve. Je veux célébrer la vie plutôt que la douleur! » La mort relativement prématurée d’Hétu, victime d’un cancer à soixante et onze ans, est ressentie comme un choc sur la scène musicale canadienne; cependant, il est resté actif jusqu’à la fin, se déplaçant pour recevoir en personne un prix Opus (le prix « hommage ») du Conseil québécois de la musique, et pour assister à la création mondiale de son Concerto pour deux guitares, quelques semaines à peine avant de rendre son dernier souffle.

Programme de concert

Jacques Hétu: Trois-Rivières, le 8 août 1938; Saint-Hippolyte (Québec); décédé le 9 février 2010

Le catalogue de Jacques Hétu se distingue particulièrement par une quantité imposante de concertos dont beaucoup mettent en vedette des instruments qui n'ont pas d'ordinaire la chance de bénéficier d'une telle attention (la guitare, l’orgue, les ondes Martenot, le basson et le trombone, notamment). On y trouve aussi des concertos pour flûte, hautbois/cor anglais, clarinette, cor (la Sérénade héroïque), deux concertos pour piano et plusieurs concertos pour instruments multiples. Le Concerto pour flûte est une commande de l'Orchestre du CNA. Il est dédié à Robert Cram qui était le soliste lors de la première mondiale dirigée par Victor Feldbrill, le 26 février 1992. Le compositeur décrit son œuvre de la manière suivante :

« Le concerto est essentiellement lyrique par la prédominance de la mélodie et par les couleurs de l’harmonie et des timbres, tout en conservant une grande rigueur dans l’organisation des structures. L’unité de l’œuvre émane de la variation constante des éléments de base et de leur interaction d’un mouvement à l’autre, transformations dérivées des procédés cycliques. » Autrement dit, on peut définir ces éléments stylistiques comme des formes néoclassiques et des expressions néoromantiques dans un langage utilisant les techniques du XXe siècle, en particulier le chromatisme, avec une certaine couleur postimpressionniste. Voici, sous forme de paraphrase, la description que le compositeur a donnée de son concerto :

Le premier mouvement propose une alternance entre un tempo modéré et un tempo plus rapide, exposant et développant tour à tour des éléments calmes et plus mouvementés, s’apparentant à la forme sonate bithématique.

Le deuxième mouvement est un adagio en trois sections (ABA). Le chant de la flûte est entouré de la trompette avec sourdine dans la première section, alors que la partie centrale, qui débute par des arabesques de la flûte autour du violon, évolue vers un tutti intense et dramatique. Puis, dans la troisième section, la mélodie de la flûte revient, entourée des autres bois.

Le troisième mouvement est un rondo marqué Vivace où les éléments thématiques des mouvements précédents subissent de nouvelles métamorphoses pour éclater dans une musique au caractère de danse.

Robert Markow

Cette année dans l'histoire: 1992

Histoire, politique et affaires sociales

  • L’UN reconnaît le Canada comme meilleur pays où habiter, selon le niveau d’éducation, l’espérance de vie et le niveau de vie des habitants.
  • Un référendum national rejette l’Accord de Charlottetown, un groupe d’amendements à la Constitution canadienne proposé par le gouvernement général et les gouvernements provinciaux.
  • Deux clauses sont ajoutées à la Constitution canadienne pour reconnaître les peuples autochtones comme étant Indiens, Inuit et Métis et ayant droit aux droits et traités autochtones.
  • Le Traité de Maastricht, fondateur de l’Union européenne, est signé aux Pays-Bas. Le traité a mené à la création de l’euro en 1995.

Nature, science et technologie

  • Roberta Bondar devient la première femme canadienne (et première Canadienne depuis Marc Garneau en 1984) à voyager dans l’espace.
  • Rudolph Marcus reçoit le Prix Nobel de chimie pour son travail sur les réactions de transfert d’électrons dans les sytèmes chimiques.
  • La célèbre astronome Helen Hogg reçoit la médaille commémorative.
  • Une fermeture de deux ans des pêcheries de morue est annoncée par le gouvernement fédéral.

Arts, lettres et divertissement

  • Le roman Le patient anglais de Michael Ondaatje remporte le prix du Gouverneur général et le Booker Prize. Il est le premier Canadien à se mériter ces deux honneurs simultanés.
  • Le romancier Roger Lemelin (La Famille Plouffe), auteur télé et correspondant (pour Time et Life), meurt.
  • Pierre Berton publie son récit historique Niagara: A History of the Falls.
  • Le dernier membre vivant du Groupe des Sept, A.J. Casson, s’éteint.

Connexion Musicale

Jacques Hétu a utilisé les structures et les formes musicales connues. Son Concerto pour flûte, comme la majorité des concertos, comporte trois mouvements contrastants. Le mouvement central, plus particulièrement, utilise la forme ternaire, une structure qui s’est développée au 18e siècle. Dans la partie A, la flûte est accompagnée d’une trompette avec sourdine, alors que la partie B commence par un solo de violon soutenu par un accompagnement virtuose à la flûte, puis la partie A revient, cette fois avec un accompagnement de bois.

Le module Les Structures musicales montre comment les compositeurs canadiens ont su utiliser avec créativité les structures et formes musicales traditionnelles. Les œuvres dont il est question dans ce module sont la Symphonie no 2 de Clermont Pépin, un divertimento de Murray Adaskin, Diversion for Orchestra, une ouverture de John Estacio, Frenergy, une suite de John Beckwith,Music for Dancing et deux concertos, Ballade pour alto et cordes, de Godfrey Ridout et Concerto pour flûte de Jacques Hétu, œuvre dont le mouvement central est de forme ternaire.

La plupart de ces structures sont des formes de composition issues des époques baroque et classique, mais les compositeurs du vingtième siècle qui les ont utilisées l’ont fait en y intégrant des techniques plus actuelles comme le sérialisme, l’atonalité ou encore des rythmes complexes ou qui se chevauchent. Le module LesStructures musicales décrit les origines de ces formes et examine comment les compositeurs canadiens les ont utilisées de façon innovatrice et avec créativité. Cette fusion de l’innovation et de la tradition constitue un exemple éloquent de la capacité des compositeurs à puiser aujourd’hui dans les enseignements du passé.

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