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08:10

Ouverture de «Béatrice et Bénédict» (1862)

  • Compositeur: Berlioz, Hector
  • Chef d'orchestre: Bernardi, Mario
  • Date de concert: 1974-02-26
  • Enregistrement avec l'aimable autorisation de CBC Radio 2
Portrait du compositeur Berlioz, Hector

Berlioz, Hector

01 déc. 1803 - 08 mars 1869

Vue d'ensemble

Dans cette ouverture, Berlioz recrée à merveille l'esprit délicieux et le comique burlesque, les réjouissances et les rivalités que l'on trouve dans la pièce de Shakespeare. Le compositeur décrit lui-même sa musique comme « un caprice écrit avec la pointe d'une aiguille ». En savoir plus

Biographie

Né à La Côte-Saint-André, près de Grenoble, le 1 décembre 1803;
décédé à Paris, le 8 mars 1869

Berlioz était à l'orchestre ce que Bach était à l'orgue, Chopin au piano et Paganini au violon. Il considérait l'orchestre comme un instrument virtuose collectif à l’égard duquel il était très exigeant et dont il tirait des sonorités nouvelles et étonnantes. Ironiquement, Berlioz fut le premier grand compositeur à n'avoir la maîtrise technique d'aucun instrument. Tous ses prédécesseurs maîtrisaient parfaitement le piano, l'orgue, le violon, la flûte… ou un autre instrument. L'instrument de Berlioz, c'était l'orchestre. Son Traité d’instrumentation et d’orchestration a servi à toutes les générations ultérieures de compositeurs et est toujours en usage de nos jours. Dans ce traité, Berlioz a ouvert les horizons sur une nouvelle approche de l'orchestre – expliquant comment tirer parti de la sonorité, de la couleur, de la tessiture et des effets spéciaux de chaque instrument et comment les combiner de façon inusitée. La sonorité orchestrale de Berlioz a une qualité sans pareille et immédiatement reconnaissable – vive, éclatante, presque clinquante. Son dernier opéra, Béatrice et Bénédict, contient dans le premier passage très sonore de l'ouverture ainsi que dans les pages finales, des exemples caractéristiques.

Les années d’apprentissage

Pourtant, Berlioz n'était pas un prodige. Son père, un médecin très respecté, veilla à donner à son fils une bonne éducation en littérature, en histoire et dans d'autres matières. Il fit donner des cours de flûte à Hector, mais celui-ci ne dépassa pas le stade des rudiments. Le Dr Berlioz souhaitait qu'Hector soit médecin comme lui et, en 1821, il envoya son fils de 18 ans étudier la médecine à Paris. Cependant, Berlioz passa plus de temps à l'opéra et à la bibliothèque du conservatoire qu'à l'hôpital et dans les laboratoires de dissection. Finalement, il réussit à convaincre ses parents et s'inscrivit au célèbre Conservatoire de Paris. Là-bas, il apprit les fondements de la théorie et de la composition, mais il développa surtout sa propre vision musicale – de nouveaux concepts audacieux touchant la forme, l'harmonie et la mélodie, ainsi que tout ce que l'on pouvait obtenir de l'orchestre.

De nouvelles formes

Parlons de la forme. Berlioz a composé quatre œuvres dont le titre contient le mot « symphonie ». Or, aucun de ses prédécesseurs – tous les Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert et autres illustres musiciens – n'auraient reconnu ces œuvres comme des symphonies. Le meilleur exemple est la Symphonie fantastique, œuvre de cinquante minutes composée de cinq mouvements et d'inspiration nettement autobiographique. Voici la description que Berlioz donne lui-même de cette œuvre : « Un jeune musicien au tempérament d’une sensibilité maladive et à l’imagination vive s’empoisonne à l’opium lors d’une crise de désespoir d’amour. La dose de narcotique, trop faible pour le tuer, le plonge dans un profond sommeil accompagné des visions les plus étranges, durant lequel ses sensations, ses émotions et ses souvenirs sont transformés dans son esprit malade en images musicales. » Notre musicien tourmenté et amoureux associe un thème particulier à sa bien-aimée à tel point qu'elle devient une incarnation musicale de ce thème qui ne cesse d'apparaître sous des allures différentes tout au long de la symphonie.

Les effets spéciaux de la Symphonie fantastique

Chaque mouvement a son propre décor indiqué par le titre : (1) Rêveries, passions; (2) Un bal; (3) Scène aux champs; (4) Marche au supplice; (5) Songe d'une nuit de sabbat. C'est ainsi que la Symphonie fantastique de Berlioz est devenue la première symphonie à programme – une œuvre qui porte le titre de « symphonie », mais qui suit le déroulement d'une histoire. Les occasions d'effets orchestraux spéciaux ne manquent pas : volutes sonores aiguës semblant venir d’un autre monde, qu’interprètent les violons dans l’introduction lente; appels distants et plaintifs du hautbois et du cor anglais dans la campagne; grondement d’un orage produit par quatre timbales accordées à des hauteurs différentes; effets terrifiants des cuivres et des tambours dans la Marche au supplice; le thème du Dies irae (chant des morts) interprété par les tubas accompagnés par les sonorités profondes de cloches dans la nuit de sabbat; et la liste continue…

D’autres « symphonies »

Berlioz semblait avoir besoin d'un stimulus extérieur à la musique pour déclencher ses instincts de créateur. Ses autres symphonies suivent le modèle de la Symphonie fantastique : c'est le cas de Roméo et Juliette, une « symphonie dramatique » d'une durée de 90 minutes pour chœur, orchestre et chanteurs solistes, d'après la pièce de Shakespeare; de la « symphonie pour alto » en quatre mouvements Harold en Italie, dans laquelle l'alto solo représente la voix de Childe Harold, le rêveur mélancolique du célèbre poème narratif de Lord Byron; et de la Grande Symphonie funèbre et triomphale, dont le titre est suffisamment éloquent.

Inspirations littéraires

Berlioz, compositeur qui fréquentait les écrits d'Homère, Virgile, Dante, Shakespeare, Cellini et autres grands classiques de la littérature, n'avait certainement aucun mal à trouver des sujets d'opéra. Béatrice et Bénédict est basé sur la comédie de Shakespeare Beaucoup de bruit pour rien. Benvenuto Cellini décrit des événements présentés dans l'autobiographie de l'orfèvre florentin du XVIe siècle. Et puis il y a Les Troyens. Rares sont les opéras dans lesquels le souffle épique, la grandeur historique et le sens du destin accepté et accompli peuvent égaler Les Troyens : cinq actes, quatre heures pleines de musique (sans compter les entractes) qui nécessitent, en plus d'un orchestre symphonique de taille normale, des ensembles musicaux hors-scène, des harpes supplémentaires, un grand chœur, des danseurs de ballet, des surnuméraires, deux groupes de chanteurs solistes formés notamment de sopranos principales dotées d'une énergie quasi surhumaine et d'un Heldentenor (ténor héroïque). La machinerie scénique nécessaire pour cette œuvre gigantesque utilise au maximum les installations de n'importe quelle maison d'opéra du monde pour raconter rien de moins que la fondation de toute une civilisation, en l'occurrence la fondation de Rome après la fin tragique de la guerre de Troie telle que racontée par Virgile dans L’Énéide.

Le côté intime

On a tendance à penser que Berlioz a écrit essentiellement une musique spectaculaire et puissante. Cependant, il y avait aussi un côté intime dans sa personnalité artistique. Le plus bel exemple nous est fourni par Les Nuits d’été, un cycle de six mélodies merveilleusement évocatrices, expressives et imaginatives qui explorent les nuances les plus fines de l'atmosphère et du texte. Ces perles exquises s'imposent par leur finesse, leur réserve, leur élégance, leur nostalgie rêveuse et par la douce lueur qui en émane.

Direction d’orchestre et critique musicale

Berlioz était lui-même son pire ennemi. Il était tout simplement incapable de se contrôler, de tenir sa langue ou de garder ses opinions pour lui-même. En conséquence, il s'est rendu impopulaire auprès de nombreuses personnalités culturelles et politiques très en vue de son entourage, se privant ainsi d’occasions d’avancement de sa carrière de compositeur. Comme la composition ne lui rapportait presque rien, il se tourna vers la direction d'orchestre (il fut un des premiers chefs d'orchestre à se démener avec outrance sur le podium, mais sa battue demeurait toujours claire) et, comme Schumann, il fit aussi de la critique musicale. Pendant dix ans, il écrivit des articles dans divers journaux, en particulier le Journal des Débats et la Gazette musicale. Berlioz prétendait détester la rédaction de critiques musicales, et pourtant, il produisit quelques-uns des écrits les plus originaux, les plus perspicaces et les plus passionnés de ce type de prose. Ses critiques contiennent aussi une bonne dose d'humour, comme on peut s'en rendre compte à la lecture du volume réunissant ses critiques et ses essais sous le titre Les Soirées de l’Orchestre.

Le romantique par excellence

Berlioz était un homme extrêmement passionné, sans complexe, et qui se plaisait à être différent de ses contemporains. Il considérait la musique comme quelque chose de personnel, d’éminemment personnel. Le classicisme objectivé de Haydn, Mozart ou Schubert, ce n'était pas pour lui. À l'instar de Beethoven, il ne suivait pas les règles; c'est lui qui les édictait. Tout ce qu'il entreprenait, il le réalisait dans un enthousiasme extrême et avec le plus grand sérieux. Mendelssohn écrivait à son sujet : « Ce qu'il déteste, il le rejette violemment; ce qu'il aime, il l'embrasse avec tant de ferveur qu'il manque presque de l'étouffer. » Berlioz était le romantique par excellence, fou de littérature, passionné dans son expression, résolu à faire place à la dimension personnelle dans l'art, d'un tempérament fougueux et d'un individualisme sans compromis. Sa musique ne convient pas aux natures sensibles; mais pour les mélomanes qui recherchent une musique audacieuse et nouvelle, différente et vraiment captivante, Berlioz est indispensable.

Programme de concert

Hector Berlioz : La Côte Saint-André, le 11 décembre 1803, Paris, le 8 mars, 1869

Berlioz a passé la majeure partie de sa carrière tumultueuse et colorée à s'en prendre à l'esprit rétrograde exaspérant qui régnait dans les cercles de la musique française. Que Berlioz, le plus avancé des compositeurs français de son époque, il reçu un accueil enthousiaste en Allemagne, quand il était largement ignoré ou, au mieux, traité avec indifférence dans son pays, cela trahit de façon éloquente la pauvreté de la vie musicale française pendant la période gaie et frivole du Second Empire. C'est ainsi que la toute dernière composition de Berlioz, l'opéra-comique en deux actes Béatrice et Bénédict (1860-1862) a été créée le 9 août 1862, non pas en France, mais à Baden-Baden, centre touristique d'Allemagne, sous la direction du compositeur lui-même.

Dès 1833, Berlioz mentionne son désir d'écrire un opéra à partir de la comédie de Shakespeare Much Ado About Nothing (Beaucoup de bruit pour rien). Mais c'est seulement vers la fin de sa vie, en dépit d'une mauvaise santé et d'un isolement forcé, qu'il parvient à réaliser son projet. L'opéra léger et pétillant Béatrice et Bénédict est le fruit de son labeur. Soit dit en passant, c'est une œuvre que le compositeur place au rang de ses plus vivantes et de ses plus originales.

Achevée peu de temps après l'opéra, en 1862, l'Ouverture de Béatrice et Bénédict est un pot-pourri ravissant des divers motifs musicaux de l'opéra. Berlioz y révèle la chaleur méditerranéenne de son tempérament et prouve une fois de plus à la critique – qui s'entêtait à confondre puissance et bruit - qu'il n'est pas un simple mégalomane exclusivement passionné de monstruosités symphoniques colossales. Sa propre description de Béatrice et Bénédict est fort révélatrice: "caprice écrit avec la pointe d'une aiguille, exigeant une extrême délicatesse d'exécution". Jacques Barzun, un des tenants les plus perspicaces du compositeur, nous a laissé cette description séduisante et tout à fait juste de Ouverture:

"L'instrument est un chef-d’œuvre en filigrane dont le pointillisme tonal agit sur nous comme du champagne et nous prépare à un drame en trompe-l’œil, à une aventure peinte sur écran." L'Ouverture se divise en trois parties distinctes: en entrée, un allegro scherzando très bref, fondé sur j'étincelant duo amoureux de Béatrice et Bénédict à la "fin de opéra; au centre, un andante où l'unité chromatique de la mélodie des cordes reprend le thème de l'air de Béatrice chanté à peu près au début de l'acte Il; et un long allegro de clôture qui explicite les pages vives de la section d'ouverture tout en y intégrant discrètement plusieurs autres thèmes de l'opéra. Il s'en dégage une impression de fragilité en dépit des moyens orchestraux imposants auxquels on a fait appel."

Robert Markow

Cette année dans l'histoire: 1862

Histoire, politique et affaires sociales

  • L'équipe de Macdonald-Cartier est décousue sur une coûteuse Loi de la milice, qui visait à contenir les tensions soulevées par la Guerre civile américaine.
  • Le libre échange interprovincial est garanti par la Couronne.
  • La construction de Cariboo Road, qui offre une route aux wagons vers les mines d'or de la région de Cariboo dans le Centre-Sud de la Colombie-Britannique, s'amorce. La route fera 650 km le long du Canyon du Fleuve Fraser, entre Yale et Barkerville.
  • Les États-Unis et la Grande-Bretagne s'entendent pour supprimer la traite des esclaves, alors que la Guerre civile américaine continue de faire rage.
  • Otto von Bismarck, figure dominante du monde des affaires, devient chancelier de la République allemande. Sa Realpolitik et la puissance de sa gouverne font qu'on le surnomme « le chancelier de fer ».
  • La variole balaie la région de Fort Victoria, tuant environ 200,000 Indiens. William Duncan, un missionnaire anglican de la côte Nord-Ouest, établit le village de Metlakatla avec 50 adeptes Tsimshian, qui adoptent la religion chrétienne et le style de vie européen.

Nature, science et technologie

  • Le fabricant de télescope Alvin Clark découvre l'étoile Sirius.
  • Les États-Unis émettent leur première monnaie papier, en coupures de 5, 10, 20, 50, 100, 500 et 1000 $.
  • Un tremblement de terre dans la région du Lac Baïkal en Russie met 200 km carrés de bord de lac sous l'eau.

Arts, lettres et divertissement

  • L'auteur britannique Anthony Trollope compare la vie coloniale au Canada avec la vie républicaine des États-Unis dans son livre North America.
  • Le Victoria Skating Rink, le plus grand du monde, est construit à Montréal. Les dimensions règlementaires des patinoires de hockey reprennent ses dimensions.
  • Charles Dodgson, mieux connu sous le pseudonyme de Lewis Carroll, fait une promenade en bateau avec la petite Alice Liddell et plusieurs autres vers Godstow. Lors du voyage, Dogson passe son temps à raconter aux enfants un conte sans queue ni tête. Il écrira plus tard l'histoire, Alice's Adventures Underground. Le livre sera renommé Alice au pays des merveilles et publié en 1865.
  • Victor Hugo publie Les Misérables. Ce roman, l'un des plus aimés de la littérature française, sera éventuellement transformé en plusieurs films et une comédie musicale.