Murray Adaskin

Toronto, 28 mars 1906;
Victoria (C.-B.), 6 mai 2002

La longue vie de Murray Adaskin couvre à peu près la totalité du XXe siècle. Au cours de ses 96 années d'existence (1906-2002), Adaskin s'est imposé comme un des pionniers de l'identité musicale du Canada et un des compositeurs à qui l'on doit quelques-unes des plus belles musiques de notre pays.

Un Leonard Bernstein canadien?

Murray Adaskin, musicien aux multiples talents (violoniste, compositeur, chef d'orchestre, enseignant, champion de la musique canadienne et ardent prosélyte de la musique en général, une sorte de Leonard Bernstein canadien) - provenait d'une famille comptant parmi les plus distinguées et les plus talentueuses du Canada. En fait, on pourrait très bien qualifier la famille Adaskin de première famille de musiciens du Canada. Harry, le frère de Murray, était violoniste et enseignant. Son frère John était violoncelliste, chef d'orchestre, producteur et administrateur à la radio. Un autre de ses frères, Gordon, était peintre, mais il entretenait des liens étroits avec la musique, et Murray était de son côté un grand collectionneur d'art canadien. Il a eu pour première femme, et pendant plus d'un demi-siècle, la soprano Frances James. Né de parents immigrés de Russie, Murray fut leur premier enfant à voir le jour au Canada.

Une carrière de violoniste

Murray Adaskin était né à Toronto où il avait reçu sa formation. Plus tard, il avait poursuivi ses études à New York et à Paris. Le violon était son instrument. (Apparemment, son père lui avait dit que le violon pouvait ouvrir les portes du ciel.) Il a joué pendant 13 ans dans l’Orchestre symphonique de Toronto (1923-1936), occupant ce poste un an après la fondation de l'ensemble en 1922, sous le nom de New Symphony Orchestra. Par la suite, il a été pendant 14 ans (1938-1952) le violoniste du Royal York Hotel Trio. Dans les années 1940, éprouvant le besoin de composer, Adaskin a étudié auprès de John Weinzweig à Toronto, de Charles Jones en Californie et de Darius Milhaud à Aspen (Colorado).

Saskatoon

La prochaine grande décision d'Adaskin fut de déménager à Saskatoon où, presque à lui seul, il a ouvert les horizons musicaux de cette ville. Il a enseigné à l'Université de la Saskatchewan de 1952 à 1973 et a occupé les fonctions de compositeur en résidence du Département de musique de 1966 à 1972, premier poste de ce type dans une université canadienne. La bibliothèque de cette université possède une collection complète de ses partitions. Enseignant connu pour son charisme, il avait su attirer des milliers d'élèves dans ses cours d'appréciation de la musique. En 1958, malgré une énorme opposition, il avait persuadé l'université d'acheter quatre instruments Amati pour la somme de 20 000 $ à l'intention du quatuor à cordes en résidence. Ces instruments qui sont toujours en la possession de l'université, sont de nos jours évalués à plus de 5 millions de dollars. Adaskin a également dirigé l'Orchestre symphonique de Saskatoon pendant cinq ans et a fait en sorte que cet ensemble consacre une bonne partie de sa programmation aux œuvres canadiennes. En 1970, la ville de Saskatoon lui a conféré le titre de « Citoyen de l'année ».

Victoria

Adaskin a officiellement pris sa retraite de l'enseignement en 1973 et s'est installé à Victoria. Là-bas, il a continué à enseigner et surtout à composer – plus de la moitié de ses 130 compositions ont été écrites à Victoria – et à tisser des liens étroits avec la communauté artistique locale. Sa dernière composition, écrite en 2000, à l’âge de 94 ans, s'intitule Musica Victoria. La Fanfare pour cuivres et percussion d'Adaskin est la fanfare officielle de l'Université de Victoria.

Distinctions

Membre fondateur de la Ligue canadienne des compositeurs, il a été nommé Officier de l'Ordre du Canada (1980), a servi comme membre du Conseil des Arts du Canada (1966-69) et a reçu six doctorats honorifiques. Toutes ces distinctions témoignent du leadership qu'a exercé Adaskin et de l'influence qu'il a eue sur le monde de la musique canadienne. L’Université de Victoria décerne un prix de composition musicale qui porte le nom de Murray Adaskin et possède un fonds de dotation en son nom.

Catalogue de ses compositions

Le vaste catalogue de musique de chambre du compositeur comprend, probablement par hasard (mais peut-être pas), une quantité surprenante d’œuvres « jumelles » composées à quelques années d'intervalle : quintettes pour bois, trios, duos avec alto, Sonatines Baroques, vocalises pour alto solo, concertos pour alto et sonates pour violon. Autre coïncidence (en est-ce une?), il a laissé une grande quantité de divertimentos (neuf), un genre très présent aussi dans le catalogue de son professeur John Weinzweig (douze). Par ailleurs, Adaskin a composé beaucoup d'œuvres qui s'inspirent des paysages et des cultures du Canada, notamment les poèmes symphoniques Qalala et Nilaula (qui comprennent tous deux des mélodies inuites), la chanson inuite « Rankin Inlet », Algonquin Symphony, Sasketchewan Legend, Nootka Ritual et l'opéra de chambre Grant, Warden of the Plains, qui s'inspire des mythes des Amérindiens et des Métis de la région. Adaskin avait passé de nombreux étés au chalet, dans le Nord de l'Ontario où il a écrit une bonne partie de ses compositions. « Murray adore la nature, disait son amie Wynne Plumptre, il aime l'eau, les arbres, les oiseaux, la faune, il est lui-même partie intégrante du Nord du Canada, cette région que l'on appelle désormais le pays des chalets.

À quoi ressemble sa musique?

La musique d'Adaskin est toujours de texture transparente, c'est-à-dire qu'on peut entendre exactement tous les détails. Les auteurs qui commentent ses œuvres utilisent souvent les mots « crystallin » et « élégant ». Dans l'ouvrage intitulé Contemporary Canadian Composers, sous la direction de Keith MacMillan et de John Beckwith (1975), on trouve la description suivante de l'ensemble de l'œuvre du compositeur : « Ce qui frappe directement dans la musique d'Adaskin, c'est son ton optimiste – une caractéristique humaine qui n'est jamais, comme chez Haydn, très loin de la gaieté. Cette caractéristique fondamentale se reflète dans son attitude détendue vis-à-vis de la polarisation des styles contemporains : essentiellement conservateur, Adaskin accueille le ferment expérimental, regrettant seulement de ne pas pouvoir en faire partie. Et c'est en tant qu'artiste conservateur qu'il est le plus directement attrayant. Sa musique est généreusement lyrique, ciselée avec précision, rythmiquement vitale, spirituelle et, assez curieusement, reconnaissable par son contenu canadien. » Il était donc tout à fait approprié que le Centre national des Arts choisisse ce compositeur pour écrire l'œuvre que son orchestre en résidence allait interpréter pour donner le coup d'envoi de sa saison inaugurale, le 7 octobre 1969. Cette œuvre s'intitulait Diversion for Orchestra.