Paul Hindemith

Né à Hanau (près de Francfort, Allemagne), 16 novembre 1895;
décédé à Francfort, le 28 décembre 1963

Paul Hindemith, l’un des plus éminents compositeurs allemands du vingtième siècle, a fait revivre une ère où pratiquement tous les compositeurs étaient aussi des interprètes de valeur. Son instrument était l’alto et, dans ses meilleures années – de 1925 à 1950 environ – il se classait parmi les plus grands virtuoses du monde. Bien que son étoile ait légèrement pâli récemment, son catalogue demeure, pour les fins connaisseurs, l’un des plus importants parmi tous les compositeurs de musique « moderne ».

La musique orchestrale

Beaucoup des compositions les plus connues de Hindemith sont écrites pour orchestre. On peut citer, notamment, la Konzertmusik pour orchestre à cordes et cuivres (l’une des prestigieuses commandes qui marquèrent le cinquantième anniversaire de l’Orchestre symphonique de Boston), Der Schwanendreher pour alto et orchestre, la Symphonie « Mathis le peintre » (composée de trois extraits orchestraux de l’opéra du même nom) et, surtout, les Métamorphoses symphoniques sur des thèmes de Carl Maria von Weber. On lui doit aussi de nombreux concertos – pour clarinette, pour cor, pour violon, pour orgue, pour piano (y compris « pour la main gauche »), pour alto, pour viole d’amour, pour violoncelle, un double concerto pour trompette et basson, et même un quintuple concerto pour flûte, hautbois, clarinette, cor et harpe. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Hindemith ne manquait pas d’imagination!

La musique de chambre

Dans le domaine de la musique de chambre, Paul Hindemith est non seulement l’un des compositeurs les plus féconds, mais également l’un des plus polyvalents et éclectiques du XXe siècle. Son imposant catalogue comporte des sonates pour presque tous les instruments possibles et imaginables ainsi que des trios, des quatuors, des quintettes, un septuor et un octuor pour différentes combinaisons d’instruments (il a inexplicablement fait l’impasse sur le sextuor). Il n’a que très rarement employé deux fois la même formation instrumentale. Il a utilisé au moins une fois pratiquement tous les instruments existants, y compris les plus négligés : saxophone alto, heckelphone (l’instrument le plus grave de la famille des hautbois), cor alto, contrebasse, tuba. L’un de ses instruments de prédilection était l’alto, qu’il maîtrisait à la perfection; mais il convient de noter que Hindemith pouvait jouer, avec une compétence certaine, de presque tous les instruments de musique.

Les sonates

Aucun compositeur de premier plan n’a écrit autant de sonates pour une aussi grande variété d’instruments que Paul Hindemith. On lui doit des sonates pour tous les instruments usuels – piano, violon, violoncelle, flûte, clarinette, etc. – mais aussi pour des instruments généralement ignorés comme le cor anglais, le trombone, le basson, le saxophone, la contrebasse et le tuba, tous accompagnés au piano. Particulièrement remarquables sont ses trois sonates pour piano seul et sa sonate pour harpe seule, considérée par la plupart des harpistes comme l’un des joyaux de leur répertoire.

Une formidable présence

En plus d’être un altiste et un compositeur de première grandeur, Hindemith était aussi un brillant chef d’orchestre, un violoniste de valeur (il a occupé le poste de violon solo dans l’orchestre de l’Opéra de Francfort pendant quelques années), un pédagogue renommé (son ouvrage Pratique élémentaire de la musique a été, pendant des décennies, une référence incontournable pour pratiquement tous les aspirants musiciens, et son Unterweisung im Tonsatz [« Traité de composition »] en trois volumes était considéré comme une bible), un écrivain (son recueil de cours magistraux paru en anglais sous le titre A Composer’s World reste une lecture attachante et divertissante plus de soixante ans après sa première édition) et, de façon générale un « penseur musical » accompli.

L’artiste et la société

Toute la question du rapport de l’artiste à la société a occupé les pensées de générations de compositeurs, mais rarement avec autant d’intensité que chez Paul Hindemith. « Pour qui les oeuvres d’art sont-elles créées? » demandait-il. « Quel est leur but? Comment l’artiste peut-il se faire comprendre de son adversaire? » Et, question plus pertinente encore pour un compositeur allemand que révoltaient les exactions du Parti national-socialiste au début des années 1930, comment un artiste peut-il justifier son travail face à la souffrance, à la répression et à la censure arbitraire? Doit-il divorcer de la société et se consacrer exclusivement, égoïstement à son art? Doit-il tenter de transmettre des messages politiques à travers son art? Est-il souhaitable ou seulement possible, pour un artiste, de rester apolitique en temps de crise? Hindemith a cherché des réponses à ces questions brûlantes dans la vie d’un autre artiste, Mathis (ou Matthias) Grünewald (v. 1480-1528), un peintre allemand de la Renaissance. Grünewald a vécu à l’époque d’un soulèvement populaire connu sous le nom de guerre des Paysans de 1524, un événement particulièrement cruel et sanglant qui préfigure en quelque sorte, quoique à une échelle bien moindre, le cataclysme dont Hindemith allait lui-même être témoin à son époque. Hindemith a écrit son opéra Mathis der Maler (« Mathis le peintre ») dans les années 1930, alors que les nazis étendaient brutalement leur mainmise sur toute l’Allemagne. Les autorités déclarèrent que sa musique était « dégénérée ». En 1938, il trouva refuge en Suisse et peu après, il partit s’établir aux États-Unis, où il enseigna à l’Université Yale de 1940 à 1953. Devenu citoyen des États-Unis en 1946, il retourna néanmoins en Suisse en 1953.

Une existence bien remplie

Hindemith était un compositeur extrêmement productif. Il a abordé presque toutes les formes et tous les genres, écrivant pour pratiquement tous les instruments et combinaisons d’instruments imaginables, y compris pour des formations probablement uniques (par exemple, son Trio pour alto, heckelphone et piano, ou encore ses Trois pièces pour cinq instruments – clarinette, trompette, violon, contrebasse et piano). Son Quatuor pour clarinette, violon, violoncelle et piano de 1938 est probablement la première oeuvre écrite pour cette combinaison d’instruments, au moins par un compositeur de renom. La renommée de Hindemith n’a cessé de s’étendre au fil des ans; à la fin de sa vie, il a été couvert de prix, de distinctions et d’honneurs. Sa musique est immédiatement reconnaissable entre toutes, et il est l’un des rares compositeurs qui aient su écrire une musique résolument « moderne » à laquelle adhèrent d’emblée les auditoires.