Giacomo Puccini

Né à Lucques (Italie), 22 décembre 1858;
décédé à Bruxelles, 29 novembre 1924

Puccini fut incontestablement le plus grand compositeur d’opéras italien à la suite de Verdi. Il n’en a écrit qu’une douzaine (dix, en fait, si l’on tient compte du Triptyque), mais trois d’entre eux – La Bohème, Madame Butterfly et Tosca – font partie des dix opéras les plus fréquemment représentés de tout le répertoire, et la plupart des autres sont aussi très souvent produits.

Le goût du luxe

Puccini était célèbre non seulement pour ses opéras, mais aussi pour son mode de vie somptueux et son amour du poker, de la chasse au canard, des cigares (il en fume un dans nombre de ses portraits, et il est mort d’un cancer de la gorge), des automobiles rapides et des bateaux. Il avait aussi la réputation d’être un coureur de jupons. Un jour, Elvira, l’épouse de Puccini, qui n’avait rien d’aimable et était « presque folle » selon un musicien, accusa son mari d’avoir une liaison avec la bonne, Doria (si c’était vrai, il s’agissait probablement d’une relation platonique). La pauvre Doria fut poussée au suicide, et Elvira fut condamnée à cinq mois de prison. Malgré sa gloire et sa fortune (laquelle était évaluée à près de quatre millions de dollars à sa mort – une somme qu’il faut sans doute multiplier par vingt pour trouver l’équivalent en dollars d’aujourd’hui), Puccini fuyait la publicité et la presse, avait peu d’amis intimes, et n’a jamais occupé aucuns postes de chef d’orchestre, de professeur, d’administrateur ou d’interprète. Il se contentait de composer des opéras, un à la fois, selon son bon vouloir. Mais il était suprêmement doué pour cela.

Un style unique

Puccini a vécu à l’une des époques les plus mouvementées de l’histoire de la musique, qui a vu passer l’impressionnisme musical, le vérisme, la polytonalité, le dodécaphonisme, le futurisme et le néoclassicisme, mais il n’a adhéré à aucun de ces courants. La seule chose qui lui importait était la mélodie, la mélodie et encore la mélodie. De longues lignes mélodiques séduisantes et sensuelles, propres à faire les délices des chanteurs et à faire tomber les auditoires en pâmoison. « Vous devez marcher sur les nuages de la mélodie », lança-t-il un jour à une soprano. L’aspect théâtral de ses œuvres était aussi de la plus haute importance à ses yeux. Vers la fin de sa vie, il déclara : « Dieu tout-puissant m’a touché de son petit doigt et m’a dit : ‘Écris pour le théâtre. Rappelle-toi, seulement pour le théâtre’. Je n’ai fait qu’obéir à ce suprême commandement. » (En fait, Puccini a aussi abordé d’autres genres – on lui doit une poignée de mélodies, quelques pièces pour piano et des compositions orchestrales simples, écrites pour la plupart au début de sa carrière – mais aucune de ces productions n’est véritablement digne de mention.)

Les personnages de Puccini

Dans un opéra de Puccini, à l’exception peut-être d’Edgar (son deuxième opéra, qui fut un échec) et de Turandot, on rencontre des personnages auxquels tous peuvent s’identifier, des gens ordinaires dans des situations de la vie courante (la force de Turandot découle d’autres facteurs). On pense que certaines scènes de La Bohème seraient même autobiographiques – Colline mettant son manteau en gage, par exemple (Puccini a déjà fait cela, quand il était étudiant, pour se procurer des fonds en vue d’un rendez-vous galant). Puccini a créé bon nombre des personnages les plus mémorables de tout le répertoire lyrique, les uns adorables, les autres haïssables et méprisables, mais presque tous crédibles. Il n’existe probablement pas un seul personnage d’opéra plus détestable que celui du colonel Pinkerton, qui mène allègrement en bateau la candide et très naïve Butterfly, l’utilise comme un vulgaire jouet, et l’abandonne ensuite au profit d’une « vraie » femme quand il rentre aux États-Unis. En revanche, quelle jeune fille n’a pas rêvé de rencontrer un homme dans les mêmes circonstances follement romantiques que la Mimi de La Bohème? Et en matière de friponnerie, qui peut se vanter de surpasser Gianni Schicchi, le roi des filous?

Des climats et des lieux variés

Puccini prenait plaisir à planter le décor de ses opéras dans des pays étrangers, où la couleur locale contribuait beaucoup à l’efficacité de l’intrigue. L’action d’Edgar se déroule dans la légendaire Forêt-Noire, en Allemagne; celle de Manon Lescaut en différents lieux, y compris les villes portuaires du Havre et de la Nouvelle-Orléans; celle de Madame Butterfly, dans le Japon du dix-neuvième siècle; celle de la La fanciulla del West (« La Fille du Far West ») dans la Californie rurale au temps de la ruée vers l’or; et celle de Turandot, dans la Chine médiévale. Puccini a choisi le Paris romantique comme toile de fond de pas moins de quatre de ses opéras : l’immensément célèbre La Bohème, un autre beaucoup moins connu, La Rondine (« L’Hirondelle »), un volet du Triptyque (Il Tabarro, ou « La Houppelande ») et un acte de Manon Lescaut. Ses opéras doivent être vus autant qu’entendus : il suffit de songer à l’atmosphère créée par la scène de rue parisienne animée de l’Acte II de La Bohème, ou au décor d’église richement ornementé de l’Acte I de Tosca, ou encore à la débauche de couleurs et d’opulence orientale qui parcourt Turandot. Dans sa quête de réalisme et de couleur locale, il ne laissait rien au hasard, cherchant à reproduire avec exactitude le son des cloches de Rome à l’aube dans Tosca, les coutumes et traditions japonaises dans Madame Butterfly, et les chants traditionnels chinois dans Turandot.

Une popularité qui ne se dément pas

La popularité de Puccini ne faiblit pas parce qu’il savait mieux que personne stimuler les cellules nerveuses d’un auditoire, toucher les coeurs en injectant la bonne dose d’émotion au bon moment. Son sens du théâtre, son souci du détail imaginatif, son habileté à créer des personnages féminins attachants et son don de la mélodie lui assurent une place de choix, depuis plus d’un siècle, au pinacle du monde merveilleux de l’opéra, et il continuera sûrement de trôner à ces hauteurs pour de nombreux siècles à venir.