Robert Turner

Montréal, 6 juin 1920;
vit à Winnipeg

Robert Turner est l’un des premiers compositeurs canadiens importants qui ait reçu la majeure partie de sa formation musicale au Canada. Il a aussi étudié brièvement en Angleterre et aux États-Unis, mais il est essentiellement de formation canadienne. Souvent dépeint comme un homme plutôt timide, qui s’exprime d’une voix douce, il a coiffé plusieurs chapeaux musicaux en plus de celui de compositeur, notamment comme professeur et réalisateur à la radio.

Études

Robert Turner obtient son baccalauréat de l’Université McGill en 1943 et son doctorat du même établissement en 1953. Dans l’intervalle, il sert dans l’Aviation royale du Canada et, à son retour à la vie civile, obtient sa maîtrise du George Peabody College for Teachers à Nashville (Tennessee). Il étudie aussi quelque temps au Royal College of Music à Londres. Il a pour professeurs des personnalités aussi dissemblables que le Canadien Claude Champagne, l’Anglais Gordon Jacob, le Français Olivier Messiaen et l’États-unien Roy Harris.

La musique

Robert Turner est, de son propre aveu, un compositeur éclectique. Son vaste catalogue comprend des compositions qui épousent des éléments d’atonalité, de jazz, d’harmonies modales et en quartes. Certaines de ces œuvres comptent parmi les plus jouées de tout le répertoire canadien, en particulier Opening Night Overture et Symphony for Strings. Quel que soit le style qu’il emprunte, le compositeur est d’avis que toute musique doit être « notée avec précision, chargée d’émotion et orientée vers l’auditeur ». Il évoque l’évolution de son style en ces termes : « Dans les dix premières années de ma carrière de compositeur, soit de 1950 à 1960 environ, j’écrivais dans un style polytonal, librement chromatique, souvent néoclassique. Vers 1960, je me suis tourné vers l’écriture dodécaphonique. Puis, en 1969, j’ai commencé à trouver que la technique dodécaphonique était passablement contraignante, qu’elle produisait des résultats musicaux souvent similaires, et qu’il existait beaucoup d’autres approches ou types de musiques que j’avais envie d’utiliser pour m’exprimer. Depuis, je m’efforce de travailler dans différents styles, en variant les échelles et les modes, en ayant même parfois recours à l’écriture aléatoire. Mais quel que soit le style dans lequel j’ai écrit, je n’ai jamais adopté une forme d’écriture étrange ou difficile au point de perdre les auditoires. Le public s’est toujours montré plutôt réceptif à ma musique. »

L’homme derrière la musique

« Je ne suis pas porté vers les extrêmes, ni d’un côté ni de l’autre », explique Robert Turner. « Certaines de mes œuvres, comme Opening Night, sont un peu plus exubérantes, mais dans l’ensemble ma musique est plutôt directe, de tempérament égal et peu portée sur les grands effets dramatiques. Je suis une personne assez optimiste, et je crois que cela se reflète aussi dans ma musique. »

L’opéra

Robert Turner affirme que l’opéra est son genre préféré en musique, aussi bien comme auditeur qu’en qualité de compositeur. « À l’adolescence, j’écoutais les émissions en direct du Metropolitan Opera, et j’ai étudié et écouté un grand nombre d’opéras, traditionnels et contemporains. J’ai écrit de la musique de film pour des documentaires et des dramatiques télé, en plus de mes deux opéras, et je pense avoir le tour de main pour produire de la musique qui correspond à des situations dramatiques. » Les deux opéras auxquels Robert Turner fait allusion sont The Brideship, sur un livret de George Woodcock (1968), et l’opéra intégral Vile Shadows, dont le livret est l’œuvre de Norman Newton (1982).

Autres activités

Robert Turner a consacré une part importante de sa vie professionnelle à œuvrer comme réalisateur d’émissions musicales pour la radio anglaise de Radio Canada à Vancouver (1952-1968). Il a aussi connu une carrière de professeur à la fois longue et distinguée à l’University of British Columbia (1955-1957), à l’Université Acadia (1968-1969) et, surtout, à l’Université du Manitoba (1969-1985). À sa retraite de ce dernier établissement, il y a été nommé professeur émérite. Parmi ses élèves les plus connus, mentionnons Jim Hiscott, Diana McIntosh et Glenn Buhr.

Prix et récompenses

En 1993, Robert Turner a reçu la Médaille commémorative du 125e anniversaire de la Confédération du Canada. Dix ans plus tard, soit en 2003, il recevait la Médaille commémorative du Jubilé de la reine et était nommé membre de l’Ordre du Canada. Sa Troisième symphonie a été mise en nomination pour un prix Juno en 2005 et a été couronnée d’un Western Canadian Music Award la même année.