3, 2, 1… musique!
La musique classique au cinéma
Le 28 décembre 1895, date symbolique dans l’aventure artistique humaine, un public subjugué découvre les images projetées par le cinématographe des frères Lumière. Cette première expérience cinématographique ne se tient pas dans un silence total. En effet, un pianiste improvise sur les images présentées à l’écran, d’abord pour couvrir le bruit envahissant du projecteur alors sans paroi isolante, mais également pour plonger le spectateur dans un univers qui lui permettrait de s’évader de son quotidien.
Avec l’avènement du parlant, les improvisateurs seront mis au rencart et la bande son deviendra part intrinsèque et immuable de la narration de l’histoire. Il est donc essentiel pour un compositeur d’établir un dialogue serré avec le réalisateur avant même de sommer l’inspiration et surtout de comprendre la place que la musique occupera dans telle ou telle séquence. La trame pourra ainsi tour à tour souligner l’action, marquer le mouvement, anticiper un geste subséquent, représenter le lieu (en plongeant l’auditoire dans des environnements culturels, sociaux ou historiques particuliers), commenter l’action en contrepoint (résumé musical aussi bien que contradiction de la connotation d’un plan), exprimer les émotions des acteurs ou encore jouer le rôle de guide émotif ou de symbole (selon le principe du leitmotiv cher à Wagner, alors qu’un motif musical devient associé à un héros ou une émotion).
Le monde de la musique de film reste en pleine évolution. Quand les musiciens classiques « sérieux » l’évoquaient il y a 30 ou 40 ans, ils ne cachaient pas un certain mépris, considérant celle-ci comme de troisième ordre. Aujourd’hui, sa qualité n’a plus besoin d’être démontrée et on peut maintenant parler d’une forme d’art à part entière. Il n’est donc pas surprenant que plusieurs compositeurs de renom y trouvent un défi à la hauteur de leurs attentes.
La musique parlant avant tout à l’inconscient, les meilleures trames sont souvent les moins envahissantes et ajoutent une profondeur à l’image sans l’écraser. Pourtant, il reste toujours ces grands airs que le public continue d’entendre, mais surtout de ressentir des années durant, bien après que les souvenirs précis du film aient disparu. Comment ne pas penser aux trames sonores de John Williams (lauréat de cinq oscars pour des films tels E.T., Star Wars, Harry Potter, Jaws et tant d’autres)?
Plutôt que de collaborer avec des compositeurs actuels, certains réalisateurs préféreront puiser dans le répertoire classique pour habiller leurs images. Impossible d’oublier la scène déchirante de Mort à Venise de Luchino Visconti quand on entend l’« Adagietto » de la Cinquième Symphonie de Mahler ou la scène follement romantique d’Elvira Madigan du réalisateur suédois Bo Widerberg quand on entend le deuxième mouvement du Concerto pour piano no 21, K. 467 de Mozart? Une des pièces de la collection de l’Orchestre du CNA a été reprise par de nombreux cinéastes au fil des ans : l’Adagio pour cordes du compositeur américain Samuel Barber, une œuvre qui, dès sa création en 1938, a rallié l’opinion des mélomanes, émus par sa puissance. On peut notamment l’entendre sur les trames sonores de l’oscarisé Platoon d’Oliver Stone, d’Elephant Man de David Lynch et du Fabuleux destin d’Amélie Poulain de Jean-Claude Jeunet. L’arrangement pour voix (réalisé par le compositeur) a également été utilisé pour le jeu vidéo Homeworld et plusieurs artistes ont proposé des versions électroniques qui ont fait la joie des noctambules.
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