Concerto pour violon n° 1 en la mineur, BWV 1041

Johann Sebastian Bach : Eisenach, 21 mars 1685; Leipzig, 28 juillet 1750

Entre 1717 et 1723, Bach occupait les fonctions de Kapellmeister chez le prince Léopold d’Anhalt-Cöthen dans une petite localité allemande près de Halle. Cette ville étant calviniste, Bach n’avait pas à composer de musique pour orgue ni de musique vocale pour l’église. En revanche, Léopold étant un amateur de musique au vrai sens du terme, ainsi qu’un musicien accompli au violon, à la viole de gambe et au clavecin, Bach concentra ses efforts sur la musique purement instrumentale au cours de son séjour à Anhalt-Cöthen : il composa entre autres choses les six Concertos brandebourgeois, le premier livre du Clavier bien tempéré, les six Suites anglaises et six Suites françaises, les six Suites pour violoncelle seul, les trois Partitas et les trois Sonates pour violon sans accompagnement, et enfin les six Sonates pour violon et clavecin.

Parmi cette prodigieuse production de musique se trouvaient les deux concertos pour violon solo qui nous sont parvenus dans leur forme originale : le Concerto en la mineur et son pendant, le Concerto en mi majeur. Bach a probablement composé d’autres concertos pour violon qui ont été perdus ou qui existent sous d’autres formes après avoir été transformés par exemple en concertos pour clavier ou en d’autres genres de musique. De fait, le Concerto en la mineur et le Concerto en mi majeur existent dans des versions pour clavecin (respectivement le Concerto n° 7 en sol mineur BWV 1058 et le Concerto n° 3 en ré majeur BWV 1054).

Le Concerto en la mineur, comme la plupart des autres concertos de Bach, est composé sur le modèle établi par Vivaldi, comprenant trois mouvements respectivement rapide-lent-rapide et caractérisé par l’alternance des passages solos et tutti dans les mouvements extérieurs. Cependant, Bach ne se contentait jamais de copier. Il imprégnait de son génie personnel les formes et les schémas dont il s’inspirait pour en faire une musique qui portait sa marque indélébile. Ainsi, alors que les mouvements extérieurs des concertos de Vivaldi et des autres compositeurs baroques ont tendance à alterner les passages solos et tutti en les juxtaposant selon un ordre assez prévisible, Bach réalise un savant mélange du matériau solo et du matériau tutti en les fusionnant dans un tout organique où les différents éléments sont combinés, imités, répétés ou variés dans l’échange continu entre le soliste et l’ensemble tutti, chaque élément tissant son propre fil tout en contribuant à la texture de l’ensemble.

Lothar Hoffmann-Erbrecht fait remarquer que Bach « a donné au concept du concerto une signification nouvelle en mettant l’accent sur l’accord plutôt que sur l’opposition, obtenant ainsi une unité absolue de composition ». Le mouvement d’ouverture offre une musique très concentrée qui s’impose avec une logique implacable à partir de plusieurs fragments mélodiques brefs énoncés dans les premières mesures. Dans le mouvement lent au rythme paisible, le soliste brode un thème expressif et très ornementé sur un ostinato (motif répété régulièrement) de la ligne de basse. Les cordes fournissent un accompagnement dans leur registre aigu. La pulsation constante des triolets mène l’énergique finale à travers une combinaison d’éléments rappelant le concerto grosso et la fugue.

Robert Markow