Concerto n° 2 en sol mineur pour violon

Sergueï Prokofiev : Ekaterinoslav, Ukraine, 27 avril 1891; Moscou, 5 mars 1953

À la fin de l’année 1933, Sergueï Prokofiev décida de retourner en Russie après avoir vécu pendant près de 16 ans à l’étranger. Il jouissait désormais d’une réputation internationale, mail il souhaitait retourner dans son pays natal. Il savait cependant qu’il devait changer son style pour que sa musique paraisse acceptable au gouvernement soviétique. Afin que le gouvernement le laisse en paix, Prokofiev gomma les éléments humoristiques, sarcastiques, grotesques et dissonants de sa musique et opta pour une approche résolument lyrique, mélodique et plus harmonieuse. Le Concerto pour violon no 2, composé en 1935, est une des productions les plus heureuses du nouveau Prokofiev.

Le compositeur a écrit ce concerto à la demande d’amis du virtuose belge Robert Soetens qui l’a créé à Madrid le 1er décembre 1935, au cours d’une tournée qui a mené Soetens et Prokofiev (à titre d’accompagnateur) en Espagne, au Portugal, au Maroc, en Tunisie et en Algérie. Les musiciens et le public firent une ovation à Prokofiev et, par la suite, une délégation spéciale rendit visite au compositeur pour le remercier d’avoir fait à l’Espagne l’honneur d’y créer son concerto.

La chaleur et le lyrisme de l’œuvre sont évidents dès la présentation du thème d’ouverture par le soliste – un thème résolument ancré en sol mineur, fluide et mémorable. Le mouvement suit la forme sonate-allegro habituelle, hormis le fait qui le conflit dramatique entre le premier et le deuxième thème et évacué en faveur de deux idées lyrique de même importance. Le drame e l’exaltation son à chercher ailleurs. La manière directe avec laquelle Prokofiev développe le thème révèle son souci de simplicité et d’accessibilité – tout au long de leurs transformations on ne perd jamais les thèmes de vue.

Le deuxième mouvement, en mi bémol majeur, fait, comme le premier, la part belle aux qualités lyriques de la musique. On qualifie souvent ce mouvement de mélancolique et de doux-amer. La figure d’accompagnement en triolets due début est clairement présente tout au long du mouvement. Dans le finale, Prokofiev revient quelque peu à son antérieur. Agressivité, sarcasme et dissonance abondent, en particulier par contraste avec les mouvements antérieurs. Des passages brillants pour le soliste, des rythmes de danse, un éclat métallique, des figures rythmiques asymétriques et un crescendo d’une intensité démoniaque qui s’amplifie graduellement mènent le concerto à une conclusion véritablement exaltante.

Robert Markow