Sérénade pour cor anglais, trompette et cordes

Gary Hayes : Né à Hamilton (Ontario), le 14 décembre 1948; vit actuellement à Ottawa

Gary Hayes, qui est depuis longtemps un personnage important de la scène musicale d'Ottawa, a écrit en 1984 cette sérénade créée le 23 janvier 1985 par l'Orchestre du CNA, l'ensemble qui en avait fait la commande. Bramwell Tovey était au podium. À l'époque, le compositeur avait présenté ainsi son œuvre :

« La Sérénade pour cor anglais, trompette et cordes a fait l'objet d'intenses discussions entre le compositeur et le directeur du Département de musique du CNA, Costa Pilavachi. Il en a résulté une œuvre qui prend consciemment pour modèle la sérénade traditionnelle, dont il existe une quantité impressionnante d'exemples et de versions idéales, mais qui aborde cette forme selon ses propres critères.

Par comparaison aux sérénades du XVIIIe siècle, les instruments solistes occupent une place plus centrale au sein des quatre mouvements, mais moins que dans un concerto. Les quatre mouvements revêtent chacun un caractère distinct et suivent parfois un programme non précisé, mais ils sont également assez bien reliés par leur contenu thématique.

Si la sérénade traditionnelle se voulait être un divertissement par rapport à la monotonie ou aux tracas de la vie quotidienne, celle-ci se donne pour but de nous éloigner pendant quelques brefs instants de l'actualité du monde actuel marquée par les catastrophes et les actes de terrorisme, une sérénade pour un monde en désarroi. »

Hayes a peut-être choisi comme modèle pour sa sérénade d'une durée de 27 minutes une œuvre de son professeur John Weinzweig, le Divertimento no 1 pour flûte et cordes, composé en 1946, œuvre similaire par son intention et son caractère, qui est une des compositions canadiennes les plus souvent jouées. Hayes a peut-être aussi été influencé dans le choix de l’instrumentation par une autre œuvre relativement bien connue du compositeur américain Aaron Copland – Quiet City (1941) – également destinée à un ensemble de cordes avec un cor anglais et une trompette comme instruments solistes. Hayes a vraiment été inspiré d'associer ces deux instruments solistes, car leurs timbres sont remarquablement similaires et le compositeur exploite à fond cette qualité, leur confiant presque constamment des duos ou les faisant dialoguer l'un avec l'autre.

Le premier mouvement a un air guilleret qui rappelle le contrepoint rythmique de Stravinsky. Le deuxième mouvement en trois parties passe d'une introduction aux allures orientales à une section médiane plus chimérique, avant de s'achever avec une conclusion portant au calme et à la réflexion. Le troisième mouvement est lyrique, comme l'indique son titre, mais il se caractérise également par une activité rythmique excentrique et une harmonie piquante. Là encore, Stravinsky n'est pas loin. Le finale mène la Sérénade à une conclusion badine et animée.

Robert Markow