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Comment naît la danse

Les éléments de composition

1. Forme

En premier lieu, prenons en considération la forme du corps ; non pas la silhouette ni les proportions de l’interprète, mais plutôt la configuration de son torse et de ses membres dans des positions qui changent dans le temps.

L’interprète professionnel s’entraîne plusieurs années pour avoir un corps souple qui répond rapidement, capable de créer de longues lignes droites ou courbes, et des contours irréguliers et angulaires. Le chorégraphe conçoit ces formes et les lie avec des mouvements de transitions.

Explorons trois concepts de la forme :

A) Niveaux

Le mouvement peut être interprété à différents niveaux.

 

Décrivons les niveaux ainsi : haut, milieu, bas ou vertical, oblique, horizontal.

 

Lorsque le niveau change, l’interprète peut se supporter avec différentes parties du corps pour créer différents effets.

 

B) Symétrie et asymétrie

Dans une position symétrique, la forme du corps du côté droit et celle du côté gauche sont identiques. L’interprète se sent et paraît stable et équilibré. Pensez à une pyramide, à Bouddha ou à une image inversée.

Dans un enchaînement symétrique, les mouvements à droite sont reflétés par des mouvements à gauche et vice versa.

 

Par opposition, une position asymétrique est différente sur le côté droit et le côté gauche du corps. Elle suggère la mobilité et le potentiel d’une perte d’équilibre. Pensez à des actions instables, de travers ou déséquilibrées.

 

C) Échelle

Les positions et les gestes peuvent être interprétés à petite et à grande échelle. Lors d’un geste à petite échelle, les membres et le torse se plient vers le centre : ils fléchissent et se contractent. Dans un geste à grande échelle, ils s’étirent et se déploient autant qu’ils le peuvent.

Pensez à des formes angulaires, courbes, droites ; rétrécies, étirées ou contractées, allongées.

 

Les positions du ballet classique recourent souvent à des lignes et des courbes longues tandis que la danse moderne inclut une gamme de mouvements entre la contraction et l’extension.

 

2. Espace

En deuxième lieu des éléments de composition, considérons la conception de l’espace : le parcours de l’interprète dans l’aire de présentation. Le chorégraphe organise les interprètes sur scène et planifie leur déplacement dans l’espace disponible pour créer un intérêt visuel et un impact dramatique.
 
Le chorégraphe est comme un architecte qui crée des structures dynamiques avec le corps humain. Voici trois concepts liés à l’espace 

A) Formes géométriques

Parmi les formes géométriques de base, il y a des lignes droites ou des rangées qui s’étendent de coulisse en coulisse ou de l’arrière-scène à l’avant-scène. Le chorégraphe peut modifier ces formes en demandant aux interprètes de changer de direction ou de tourner. Parmi les autres formes et parcours intéressants, il y a le zigzag, le carré, la courbe, le cercle, la figure huit, la spirale interne externe, le serpent et la forme libre ou le parcours aléatoire. Le parcours peut suivre le sens des aiguilles d’une montre ou le sens contraire des aiguilles d’une montre.

En plus de plans horizontaux sur les planches de la scène, le chorégraphe explore l’espace vertical avec des mouvements comme des portées, des sauts, des roulades et des chutes. Certains chorégraphes se servent de plateformes et d’échafauds pour augmenter l’espace vertical.

 

B) Symétrie et asymétrie

Les motifs dans l’espace, comme les formes du corps, présentent soit la symétrie, soit l’asymétrie, et font allusion soit à la stabilité et l’équilibre, soit à l’irrégularité et le déséquilibre. Le chorégraphe s’aide de ces outils pour produire un effet dramatique fort ou faible.

Par exemple, un interprète au milieu de la scène a un impact significatif, tout comme un interprète qui voyage en ligne droite du milieu de l’arrière-scène au milieu de l’avant-scène. La diagonale du côté cour à l’arrière-scène au côté jardin à l’avant-scène trace le plus long trajet sur scène ; c’est aussi un parcours avec un fort potentiel dramatique.

 

Le chorégraphe expérimente avec différentes formes dans l’espace pour sous-tendre l’idée ou l’émotion qu’il veut exprimer.

 

C) Échelle

Une danse à grande échelle habite l’espace scénique en entier alors qu’une danse à petite échelle se limite à quelques endroits. Une conception expansive de l’espace couvre tous les recoins possibles de la scène tandis qu’un motif réduit se restreint à une portion délimitée de la scène.

 

3. Temps

Le temps, en troisième lieu des éléments de composition de la danse, nous mène à l’étude des objets suivants :

A) Tempo

Le tempo ou la vitesse s’exprime parfois avec des termes tirés de la musique, tels qu’adagio, moderato et allegro, ou avec des expressions comme « au ralenti », « à une vitesse modérée », et « rapide » ou « à très grande vitesse ».

Le tempo est soit régulier, soit changeant, dans lequel cas il accélère (accelerando) ou il décélère (ritardando).

 

De nombreux exercices en ballet classique sont classés selon leur tempo caractéristique. Par exemple, les mouvements longs et soutenus se nomment adage alors que les sauts rapides et légers se nomment allegro.

 

Crédit du vidéoclip:
our brief eternity, 1996
The Holy Body Tattoo
Chorégraphes : Noam Gagnon et Dana Gingras
Interprètes : Chantal Deeble, Noam Gagnon et Dana Gingras; Vidéo : William Morrison et Steven R. Gilmore (composantes vidéo), ainsi que Chris Halcrow et William Gibson (composantes textuelles); Musique : Jean-Yves Thériault; Éclairages : James Proudfoot; Cadrage : William Morrison; Montage : William Morrison

 

B) Mesure

La mesure se rapporte à l’organisation des temps en barres de mesure avec un accent fort sur le temps fort suivi d’un accent faible sur le temps faible. Dans la terminologie musicale, cela s’appelle l’indication de la mesure. L’interprète identifie la mesure comme la base rythmique.

En danse, il s’agit d’enchaînements de mouvements que l’interprète ne compte pas nécessairement en pulsations qui correspondent à la mesure de la musique.

Les mesures de base incluent : 2/4 (« 1, 2 »)  ; 3/4 (« 1, 2, 3 »)  ; 4/4 (« 1, 2, 3, 4 »)  ; et 6/8 (« 1 et de, 2 et de ») .

Pendant que le ballet utilise d’habitude des mesures régulières, la danse moderne utilise souvent des mesures irrégulières telles que 5/4 (« 1, 2, 3, 1, 2 »)  ; 7/4 (« 1, 2, 3, 4, 1, 2, 3 »)  ; ainsi que des mesures changeantes.

La musique pour la danse est aussi, à l’occasion, polyrythmique, c’est-à-dire elle a simultanément plus d’un tempo ou plus d’une mesure.

Chaque mesure a sa qualité unique. D’une part, par exemple, le 2/4 et le 4/4 sous-tendent des mouvements réguliers, cousins de la marche. D’autre part, le 6/8 et le 3/4 sous-tendent des mouvements irréguliers et lyriques.

Ceci évoque quelque chose de régulier ; des pas sautés en mesure de 2/4 : 1 et 2 et , 1 et 2...

 

Ceci évoque quelque chose de lyrique, comme une gambade ; des pas sautés en mesure de 6/8 : 1 et de, 2 et de, 1 et de, 2 et de.

 

Voici un pas de basque en mesure de 2/4 : 1 et 2 1 et 2 1 et 2 1 et 2

 

Voici une valse balancée en mesure de 3/4 : 1 23   2 23   3 23   4 23

 

Une phrase en mesure de 5/4 : 1 , 2, 3 ,4, 5 ; 1 , 2, 3 , 4, 5

 

C) Rythme

Le rythme désigne l’organisation et l’accent des temps forts et des temps faibles dans une phrase.

L’accent rythmique peut être régulier, suivant le temps fort de la mesure, ou syncopé, glissant au temps faible.

Des pas sautés exécutés de façon égale (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8) ;

Des pas sautés exécutés de façon syncopée (1et2et3et4et5et6et7et8et).

 

Cet enchaînement de ballet avec des balancés et des grands jetés suit une mesure de 3/4 : 1 et de 2 et de 3 et de 4 et de 5 et de 6 et de 7 et de 8 et de

 

Remarquez l'air lyrique que donne la musique, une valse, à cet enchaînement.

 

Notez comment la douceur de l'environnement sonore joue sur notre perception du mouvement.

 

La nature de la valse de l'interprète se transforme avec cet environnement sonore contemporain.

 

La musique est un collage sonore dans cet extrait de Foi de Sidi Larbi Cherkaoui.

 
Crédits du vidéoclip :
Foi, 2003
Réalisation et chorégraphie : Sidi Larbi Cherkaoui; Interprètes : Christine Leboutte, Joanna Dudley, Lisbeth Gruwez, Ulrika Kinn Svensson, Erna Ómarsdóttir, Laura Neyskens, Darryl E. Woods, Damien Jalet, Nicolas Vladyslav, Nam Jin Kim et Marc Wagemans; Répétitrices : Christine De Smedt et Isnel da Silveira; Musique : Capilla Flamenca; Supervision musicale : Dirk Snellings; Décoration scénique : Rufus Didwiszus; Supervision technique : Koen Bauwens; Son : Eddy Latine; Conception des éclairages : Jeroen Wuyts; Mise en scène : Wim Van de Cappelle; Conception des costumes : Isabelle Lhoas; Photographe : Kurt van der Elst; Gestion de la tournée : Lies Vanborm; Productrice adjointe : Veerle Gevaert
 

Lorsqu’une danse est interprétée en silence ou avec un environnement sonore, les mouvements suivent leur propre rythme.

L’accompagnement à la percussion souligne bien les éléments rythmiques de la danse. Le chorégraphe travaille parfois avec le rythme musical pour mettre en vedette la forme d’un enchaînement, ou contre le rythme pour faire une juxtaposition d’effets visuels et auditifs.

Il peut aussi créer des mouvements qui correspondent au début et à la fin d’une phrase musicale ou d’un segment sonore, ou qui traversent la fin d’une phrase musicale et le début d’une autre.

L'interprète masculin suit deux rythmes réguliers de tambour. L'interprète féminin suit le rythme syncopé des bâtons.

 

L'interprète soutien le premier temps et commence ensuite un enchaînement syncopé qui traverse des phrases musicales, ce qui contraste à la percussion.

 

4. Énergie

Penchons-nous, en quatrième lieu, sur l’énergie ou la dynamique. Il s’agit de l’élément de composition de la danse le plus complexe puisqu’il englobe tous les autres.

L’énergie se traduit difficilement en mots ; il est préférable d’en faire l’expérience. Elle est souvent décrite comme étant la qualité du mouvement, la composante intangible qui rend un geste unique et éloquent.

Le chorégraphe et théoricien européen Rudolf von Laban est le premier à décrire une théorie du mouvement cohérente, incorporant l’analyse d’« Antrieb », souvent traduit par énergie ou effort. Laban définit quatre éléments constitutifs de l’effort :

Crédit pour tous les vidéos dans la séction sur 'Énergie':
Curious Schools of Theatrical Dancing, Part I
© Danny Grossman Dance
Chorégraphe / Interprète : Danny Grossman
Début: New York City, 1977
Conception d'éclairage : Peter Anderson
Costumes : Mary Kerr
Musique : 'Harpsichord: Aimee Van de Wiele,' composé par François Couperin
‘Danny Grossman’ dans 'The Dancemakers'
Réalisation, Producteur et ecriture Moze Mossanen pour CBC et TVO, 1987
 

A) Poids (ferme - léger)

L’élément de poids reflète la façon dont l’interprète se sert volontairement de sa masse corporelle, selon un continuum de ferme à léger. La masse entière du corps produit une action ferme ; elle est ancrée. Le corps qui se meut avec suspension produit une action légère.

Des mots d’actions associés au poids : force, vigueur, par opposition à délicatesse, finesse.

 

B) Temps (soutenu - soudain)

L’élément de temps révèle l’attitude de l’interprète relativement au temps selon un continuum entre soutenu et soudain. Il n’est pas question d’un temps « horloge » qui compare les minutes et les heures ou la vitesse et la lenteur. Il s’agit plutôt de la sensation d’avoir tout le temps pour permettre un mouvement soutenu, ou celle de l’urgence de faire un geste soudain.

Des mots d’actions associés au temps : abandon par opposition à empressement.

C) Espace (direct - indirect)

L’élément de l’espace reflète la façon dont l’interprète se sert volontairement de l’espace, selon un continuum entre direct et indirect. L’action directe découle d’un but unique et précis vers une destination donnée tandis que l’action indirecte dérive plutôt d’une concentration éparse et une approche pleine de méandres.

Des mots d’actions associés à l’espace : concentré, constant, par opposition à détourné, tortueux.

 

D) Flux (restreint - libre)

Le quatrième élément est une description du flux du mouvement selon un continuum entre contraint et libre. Un mouvement restreint est d’une précision minutieuse ; il est maîtrisé et peut être interrompu à tout moment. Par exemple, enfiler une aiguille. Un mouvement libre se déploie sans résistance ou retenue. Par exemple, un enfant qui tourne avec abandon. Une fluctuation de flux produit un mouvement d’oscillation, de vibration.

Des mots d’actions associés à l’espace : contraint, prudent par opposition à sans inhibitions, relâché.

La théorie de Laban marie les trois éléments poids, espace et temps pour produire huit actions de base.

 

Pensez à des mots d’actions qui saisissent la nature de chaque qualité.

EFFORT POIDS ESPACE TEMPS Comme…
frapper ferme direct soudain « frapper un adversaire à la boxe »
peser ferme direct soutenu « déplacer un piano »
tamponner léger direct soudain « attraper un papillon »
glisser léger direct soutenu « glisser sur une patinoire »
trancher ferme indirect soudain « trancher de la grande herbe avec une faucille »
tordre ferme indirect soutenu « essorer une serviette mouillée »
taper léger indirect soudain « chasser un moustique »
flotter léger indirect soutenu « planer dans les vapes »
 

Si un enchaînement de danse se limite à un effet pendant longtemps, l’effet se perd et la phrase devient monotone. Le chorégraphe s’assure qu’il y a une variété de qualités dynamiques contrastées pour exprimer différentes choses, rendre l’œuvre excitante et retenir l’intérêt du public.