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Journal d'un commédien

Élève du secondaire à Ottawa et commédien, Jonathan Koensgen campe le rôle du courtier et celui du comédien jouant la reine dans Hamlet, pièce du Centre national des Arts mise en scène par Marti Maraden et présentement à l'affiche.

Voici un journal de Jonathan relatant ses expériences de travail sur Hamlet.

Lisez les six journaux : 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6

15 novembre 2003
Je suis emballé de faire partie de la distribution de Hamlet.

Je suis emballé de faire partie de la distribution de Hamlet. Pour autant que je me souvienne, j'ai toujours cité Shakespeare. Tout petit, je proclamais, n'ayant qu'une vague idée de ce que je disais : « Je mange de l'air, et je me bourre de promesses. Vous ne pourriez pas ainsi nourrir des chapons... » Mes parents m'ont ouvert les portes d'un monde littéraire que beaucoup de jeunes n'ont pas l'occasion de découvrir.

En première année, je m'étais déguisé en Hamlet à l'Halloween. C'était à une période bizarre mais brève où les super héros avaient, sans raison apparente, des noms de l'époque classique : Donatello, Raphaël, etc. Évidemment, mes voisins ont cru que j'étais une autre tortue ninja! Au lieu de crier « la charité s'il vous plaît ?», je disais : « Quand le vent est au sud, je peux distinguer un faucon d'un héron! » Maintenant, je suis en onzième année et je participe à une fascinante production professionnelle d'une pièce de Shakespeare. Pour me préparer à l'audition, je me suis imprégné des répliques et me suis ainsi rendu compte que Hamlet est une pièce tout à fait exceptionnelle.

- Jonathan

 

22 novembre 2003
Le printemps dernier, j'ai passé une audition...

Le printemps dernier, j'ai passé une audition pour le rôle de la reine Baptista. Traditionnellement, les rôles féminins étaient interprétés par de jeunes hommes dans les troupes itinérantes (À l'époque de Shakespeare, les femmes n'avaient pas le droit de monter sur les planches.). Dans Hamlet, les comédiens jouent « une pièce dans la pièce ». Habituellement, c'est mon agent qui me parle des auditions. Mais dans ce cas-ci, je connaissais la directrice, Marti Maraden, ayant travaillé avec elle auparavant, et cette dernière m'a demandé si j'envisagerais d'incarner le rôle.

La semaine précédente, on m'avait donné les textes que j'aurais à interpréter à l'audition. Je me suis donc préparé en relisant le scénario à maintes reprises. Tout d'abord, je l'ai lu pour bien comprendre l'histoire et m'en imprégner. Les textes de Shakespeare peuvent être très difficiles. Ensuite, je l'ai relu pour me mettre dans la peau du personnage, savoir ce qu'il pense, ce qu'il ressent dans les différentes scènes. Après, j'ai commencé à mémoriser mon texte. Je trouve que travailler avec une autre personne m'aide à apprendre mon texte puisque je suis auditif. De plus, l'autre personne me permet de rendre mon jeu plus vivant.

À l'audition, le temps a filé et je me suis vite retrouvé dans une salle avec Marti pour parler de la pièce en général et de la « pièce dans la pièce »! Quelques semaines plus tard, je recevais un appel de Marti qui m'annonçait que j'avais décroché le rôle. J'avais vraiment très hâte au mois de décembre pour que commencent les répétitions, sauf que j'avais plus de sept mois d'attente pendant lesquels je pouvais me préparer.

- Jonathan

 

2 décembre 2003
Le premier jour de répétitions...

Le premier jour de répétitions, ma nervosité surpassait presque mon enthousiasme. Mais dès que je me suis retrouvé dans une salle avec d'autres comédiens qui partageaient mon engouement pour cette nouvelle aventure, ma nervosité s'est rapidement dissipée.

Je m'étais préparé en lisant la pièce du début à la fin, puis en insistant sur les passages où j'aurais à donner la réplique. Je me suis efforcé de reprendre le plus clairement ce que j'avais fait à l'audition huit mois plus tôt, puisque c'est ce à quoi la directrice s'attendait pour ce personnage.

Le premier jour des répétitions, toute la distribution, l'équipe de régie technique et les membres de l'administration du théâtre se sont réunis. Après quelques brèves présentations, tout le monde s'est assis autour d'une table et les comédiens ont lu la pièce, puis, nous avons échangé des points de vue. Nous aurions pu le faire pendant des jours avec une pièce comme Hamlet. D'ailleurs, les opinions examinées étaient très intéressantes (le plus pertinent pour moi était l'avis de Marti   sur le thème du jeu dans la pièce. En effet, dans le rôle de Baptista, j'aurais à montrer très tôt le lien avec la vraie reine Gertrude, et ce, avant l'arrivée des personnages à Elseneur). C'était extraordinaire d'assister à un échange d'idées entre autant de personnes dotées d'un large éventail de connaissances sur Hamlet et sur Shakespeare en général. Je suis impatient de poursuivre mon travail avec des comédiens aussi talentueux dans cette pièce de théâtre merveilleuse.

- Jonathan

 

15 décembre 2003
Le travail avec des entraîneurs d'expression vocale et corporelle

Certes, Hamlet est un projet d'envergure, c'est pourquoi chacun de ses aspects exige une attention particulière. Marti a dû rogner du scénario l'équivalent d'une heure de dialogue (la pièce intégrale peut durer quatre heures et demie!). Elle a également tout organisé pour que nous puissions bénéficier de l'expérience d'entraîneurs chevronnés pour améliorer notre expression vocale et corporelle. Ainsi, Marti dispose de plus de temps pour monter une scène avec des comédiens pendant que ceux qui n'en font pas partie s'exercent avec l'un des deux entraîneurs.

Louis Spritzer, l'entraîneur vocal, m'est d'un grand service puisque je dois parler comme une femme de façon convaincante. Il utilise des techniques qui permettent d'élever le timbre de ma voix pour lui donner une sonorité plus féminine. C'est incroyable de voir comment il réussit à travailler ma voix. Les connaissances de Louis profitent à plus d'un. En suivant les conseils de cet entraîneur, Michelle Monteith (Ophélie) a pu développer des talents de chanteuse à donner des frissons au public dans les « scènes de folie ».

Jo Leslie, l'entraîneure d'expression corporelle, m'aide beaucoup également. Dans la production de Marti, les comédiens de « la pièce dans la pièce » jouent un rôle important. Nous entrons en scène et en sortons tout au long de la pièce. Jo dirige les mouvements et m'aide à me comporter de manière féminine. Elle doit constamment me rappeler de ne pas me comporter en garçon. Je dois donc apprendre à me laisser tomber les épaules et à me délier les doigts.

C'est une chance de pouvoir travailler avec Louis et Jo, car je leur dois en grande partie ma réussite.

- Jonathan

 

21 décembre 2003
De la salle de répétitions à la vraie scène

Hamlet s'est vu accorder une période de répétitions de cinq semaines. Au théâtre professionnel, c'est beaucoup, car, habituellement, on nous donne trois semaines et demie. Normalement, quelques semaines sont réservées aux textes et à la mise en place. La plupart du temps, ce travail s'effectue à la salle de répétitions pendant qu'on s'affaire à monter les décors dans le théâtre. On appelle « les techniques » la semaine de répétitions précédant les représentations puisque c'est à ce moment qu'on intègre les détails comme l'éclairage, la sonorisation, la musique et les costumes. Les journées de travail pendant les techniques peuvent s'étendre sur douze heures! En raison de la période prolongée réservée aux répétitions de Hamlet, l'équipe a pu commencer plus tôt à répéter sur la scène même du théâtre, ce qui lui a donné une semaine supplémentaire pour résoudre certains problèmes.

Aujourd'hui, nous sommes passés de la salle de répétitions, où nous devions marquer les limites de la scène avec du ruban adhésif, au vrai théâtre élisabéthain avec ses balcons et ses escaliers, sur lequel nous allons jouer. C'est la première fois que je travaille sur une scène élisabéthaine. Sur une scène conventionnelle, il faut veiller, par exemple, à ne pas souvent faire dos au public. Au théâtre élisabéthain, ce sont des considérations tout autres qui priment. Il y a des sorties nommées « vomitoires » qui empiètent non seulement sur la parterre, mais aussi au-dessous. En général, au cours de cette production, j'ai des spectateurs des deux côtés, alors la règle habituelle ne compte plus tellement. J'ai appris que si j'empêchais quelqu'un de voir, je n'aurais qu'à me placer en diagonale par rapport à mon collègue, de sorte que les seules personnes que je pourrais cacher devraient être assises dans les vomitoires. Comme je travaille avec des comédiens expérimentés pour qui c'est une seconde nature, je reçois beaucoup d'encouragement de leur part.

Aujourd'hui, j'ai eu le souffle coupé en voyant pour la première fois les décors terminés et en m'imaginant en train de jouer la pièce devant public. Je sens beaucoup d'agitation en moi, c'est indescriptible!

- Jonathan

 

30 janvier 2004
Soir de première et série de représentations

Nous avons d'abord présenté la pièce devant un public d'élèves du secondaire au cours d'une matinée. J'étais inquiet pour ce spectacle parce qu'il s'agissait de jeunes de mon âge. J'ignorais comment ils réagiraient en me voyant incarner une femme. Vous savez comment sont les adolescents. Malgré tout, la représentation s'est bien déroulée et j'ai été satisfait de mon travail. Pendant les premières scènes, le groupe était un peu turbulent : il faisait du bruit avec du papier, parlait, lançait des choses sur la scène... Mais en quelques minutes, Tom Rooney a réussi à retenir l'auditoire au point où on aurait pu entendre une mouche voler.

Deux jours plus tard, c'est le véritable soir de première. Encore une fois, je sens la nervosité monter, car je connais beaucoup de gens dans l'assistance. En coulisse, Ben Carlson (Horatio) me rassure en me disant que ce n'est qu'une représentation de plus et qu'il n'y pas de raison de s'inquiéter, ce que répètent d'ailleurs bien d'autres membres chevronnés de la distribution. Les comédiens essaient de tempérer leur agitation, mais il reste qu'un air de magie imprègne les soirs de première et qu'il était bien palpable tout au long de la pièce. Toute l'équipe est satisfaite de la représentation qui a été donnée.

La série se déroulait rapidement, mais il était difficile d'en imaginer la fin. À la dernière représentation, quand je suis entré en scène au beau milieu de la pièce, je me suis dit, caché derrière mon masque, que c'était là la dernière fois je jouerais dans cette production. Dans ma tête, je récite encore les répliques et les passages de Hamlet et, déjà, j'ai hâte de l'étudier l'an prochain dans mes cours d'anglais. Je ne serai plus entouré d'une troupe de comédiens talentueux, mais je vais encore me souvenir de cet extraordinaire moment de ma vie.

- Jonathan

Lisez le biographie de Jonathan.

De plus, vous pourrez prochainement voir Jonathan en entrevue sur vidéo (en anglais). À ne pas manquer!

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